Exposition

Gabriele D'Annunzio (1863-1938)

Du 10 avril au 15 juillet 2001
Francesco Paolo Michetti-D'Annunzio en peignoir sur la plage de Francavilla
Francesco Paolo Michetti
D'Annunzio en peignoir sur la plage de Francavilla, 1888
©Museo di Storia della Fotografia Fratelli Alinari/DR

Gabriele d'Annunzio (Pescara 1863–Gardone Riviera 1938) est l'écrivain italien qui a entretenu les rapports les plus solides et durables avec la France au tournant du XIXe siècle. Dès 1892, Proust se dit "ravi" de son roman L'Intrus, traduit par Georges Hérelle et publié chez Calmann-Lévy. Sa formation culturelle très française et non académique l'incite à se tourner vers la production poétique, narrative et théâtrale "d'au-delà des Alpes".

E. Sibellato-Portrait de Gabriele D'Annunzio
E. Sibellato
Portrait de Gabriele D'Annunzio, 1916
©Il Vittoriale degli Italiani/DR

Lorsqu'il quitte l'Italie en 1910, poursuivi par ses créanciers à cause d'un train de vie trop luxueux, ce n'est pas par hasard si d'Annunzio choisit le "doux pays" où vivent les personnalités qu'il admire : Paul Bourget, Romain Rolland, André Gide, Maurice Barrès, Charles Maurras, Reynaldo Hahn, Paul Valéry, Anatole France, Robert de Montesquiou. Il séjourne entre Paris et Arcachon de 1910 à 1915 et va même jusqu'à composer en langue d'oïl en 1911, le Martyre de Saint Sébastien, pièce mise en musique par Claude Debussy et interprétée par Ida Rubinstein: un chef d'oeuvre de "faux antique" loué par les plus grands linguistes de l'époque, comme Gustave Lanson.
Les liens avec la France se resserrent lorsqu'il combat valeureusement durant la Grande guerre aux côtés de sa "soeur latine". Le dandy-esthète, arbitre des élégances, amant de tous les raffinements, séducteur irrésistible des femmes les plus belles, écrivain à succès, devient enfin le héros qui sauve la Patrie au moyen d'entreprises risquées.

Anonyme-Michetti peignant le portrait de D'Annunzio à Francavilla
Anonyme
Michetti peignant le portrait de D'Annunzio à Francavilla
©Il Vittoriale degli Italiani/DR

Le propos de l'exposition D'Annunzio est de parcourir tout l'oeuvre de l'écrivain, depuis les années de jeunesse durant lesquelles les rapports avec les artistes des Abruzzes (Francesco Paolo Michetti en tête) sont les plus étroits, jusqu'aux années de Rome où ses amitiés avec les "byzantins" et les préraphaëlites le conduisent vers le symbolisme, mouvement auquel il adhère aussitôt. Pour d'Annunzio, tous les arts tendent vers la musique.

Gigi Sciutto-Eleonora Duse interprète La ville morte de D'Annunzio
Gigi Sciutto
Eleonora Duse interprète La ville morte de D'Annunzio, 1902
©Il Vittoriale degli Italiani/DR

Très attentif à la modernité sous toutes ses formes, il devient le protagoniste de l'industrie culturelle naissante, pour laquelle il produit de véritables "best sellers" (romans pour lecteurs petit-bourgeois, et par dessus tout pour lectrices dont il satisfait le "besoin de rêve") ; d'Annunzio est perçu comme le promoteur de la nouvelle civilisation de l'image où la "réclame" et la photographie commencent à s'imposer comme des formes efficaces de communication.
Député au Parlement en 1897, le caractère extraverti de d'Annunzio le prédispose à s'intéresser au théâtre par lequel il est possible, au XIXe siècle, de "toucher les masses". Il va en effet conquérir les scènes s'appuyant sur les plus grandes interprètes, comme Sarah Bernhardt, Eleonora Duse ou Ida Rubinstein.
Il devient l'amant de la Duse et s'installe avec elle dans une villa du XVe siècle, la "Capponcina", sur les collines de Florence. La demeure deviendra légendaire, avec des meubles recherchés et un décor raffiné dont s'occupe personnellement ce locataire d'exception ; il ne regarde pas à la dépense pour la transformer en splendide théâtre de son quotidien. C'est ce qui arrivera avec toutes les maisons que d'Annunzio a habitées, anticipations de la dernière, le "Vittoriale", mise en scène avec une magnificence sans limites.

Giancarlo Maroni-Il Vittoriale degli Italiani
Giancarlo Maroni
Il Vittoriale degli Italiani
©Il Vittoriale degli Italiani/DR

Après ses actions héroïques pendant la guerre et l'aventure de Fiume (le poète-
soldat occupe la ville dalmate et la gouverne de 1919 à 1920), le glorieux vétéran s'installe sur les rives isolées du lac de Garde, au Vittoriale. Quand en 1922, Mussolini, chef du fascisme, découvre ses visées politiques avec la marche sur Rome, d'Annunzio prend définitivement racine dans sa dernière demeure qu'il transforme en une citadelle monumentale, manifeste de revendication et de protestation contre le fascisme, sanctuaire de la guerre victorieuse dont il s'arroge tous les mérites.

Gian Carlo Maroni-Théâtre de plein air face au lac de Garde achevé après la mort de D'Annunzio
Gian Carlo Maroni
Théâtre de plein air face au lac de Garde achevé après la mort de D'Annunzio, 1930-1953
©Il Vittoriale degli Italiani/DR

"J'ai ce que j'ai donné" - la devise héraldique sculptée sur le portail d'entrée signale avec humour que d'Annunzio a donné la citadelle à l'Etat italien, mais en échange des financements nécessaires à sa grandiose construction. Conçue comme une oeuvre d'art totale, comme un "livre musical de pierres vives", le "Vittoriale" réalise toutes les aspirations du prophète-
héros: histrionique et spectaculaire, c'est un monument narcissique, un règne d'extravagance symbolique sans égal parmi les contemporains.

Officina
Officina
©Il Vittoriale degli Italiani/DR

L'exposition organisée par le musée d'Orsay, grâce à la générosité du Vittoriale, présente des peintures, dessins, gravures, sculptures, objets usuels, meubles, habits qui sortent pour la première fois de sa dernière demeure, ainsi que des archives, manuscrits, livres et photographies anciennes souvent inédites.