Exposition

Italiennes modèles : Hébert et les paysans du Latium

Du 07 avril au 23 août 2009
Ernest Hébert-La mal'aria
Ernest Hébert
La mal'aria, 1848-1849
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Ernest Hébert (1817-1908)
Né en plein romantisme, Ernest Hébert commence sa carrière avec la percée du réalisme. Le jeune grenoblois est alors destiné à reprendre l'étude notariale de son père.
Les cours de son professeur particulier, Benjamin Rolland, élève de David et conservateur du musée de Grenoble, révèlent ses dispositions précoces. Après une formation classique à l'Ecole des beaux-arts de Paris où il remporte le Grand Prix de Rome de peinture historique, il accède à la notoriété avec La mal'aria au Salon de 1850.
Un bel avenir s'ouvrant devant lui, il partage son temps entre la France et l'Italie, où il a été deux fois directeur de l'Académie de France à Rome. Parallèlement, il devient un portraitiste recherché de la haute société parisienne du Second Empire puis de la Troisième République. Toutefois, c'est en Italie qu'il trouvera ses sujets de prédilection en peignant des scènes de la vie paysanne empreintes d'un réalisme mélancolique. Cette exposition illustre ainsi la période la plus inspirée et la plus heureuse de la carrière du peintre.

Ernest Hébert-Rosa Nera à la fontaine
Ernest Hébert
Rosa Nera à la fontaine, 1856
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Franck Raux/DR

Italiennes modèles
Le regard d'Hébert sur les paysannes dont il a partagé un temps la vie quotidienne, n'a pas le caractère sentimental et nostalgique que l'on trouve chez les peintres romantiques qui les voient comme des primitifs contemporains, épargnés par la civilisation. Ces villageoises ne sont pas plus de simples figurantes. En les choisissant pour sujet, Hébert ne portraiture pas des "types" mais des femmes en chair et en os marquées par la vie dure qu'elles mènent, des femmes dont il a su percer la personnalité profonde.

Ernest Hébert-Portrait de Crescenza
Ernest Hébert
Portrait de Crescenza, 1854
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Jean-Gilles Berizzi/DR

Quelques-unes, comme Rosa Nera, deviendront par la suite des modèles professionnels. L'hiver venu, sans travail aux champs, elles quittent leurs montagnes pour venir poser dans l'atelier romain d'Hébert à la villa Médicis. Selon le tableau en cours, elles endossent le costume traditionnel, les voiles de la Vierge...
Pour répondre à la vogue d'italianisme, certaines choisiront même de s'installer à Paris, affirmant le réalisme de sujets toujours très appréciés au Salon. Née non loin de San Germano, la petite Maria Pasqua dite Maria Abruzzèze est devenue, comme son père, un modèle quasi professionnel. Elle est à peine âgée de six ans quand elle pose à Paris pour les peintres Hébert, Jalabert ou Salles.

Ernest Hébert-Les fienaroles de Sant'Angelo
Ernest Hébert
Les fienaroles de Sant'Angelo, 1854
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Franck Raux/DR

Un nouvel exotisme
Destination traditionnelle au XIXe siècle, l'Italie, quoique toujours appréciée pour ses grands maîtres du passé tant à Florence qu'à Rome, devient l'objet d'un intérêt nouveau avec la découverte du petit peuple italien tandis que, pour les poètes et les peintres, les brigands incarnent la liberté face à une société figée.

Ernest Hébert-Paysanne de Cervara en costume
Ernest Hébert
Paysanne de Cervara en costume, Vers 1840
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Thierry Le Mage/DR

Plus que les paysans français, les paysans du Latium, parmi les plus pauvres d'Europe, portent encore, dans leur vie quotidienne, un costume traditionnel, particulièrement coloré, caractéristique de leur région natale. Pour leurs études de figure, les jeunes peintres français, Achille-Etna Michallon, Léopold Robert, Victor Schnetz, Camille Corot etc., font poser des paysans, parfois même des brigands, qui sévissent en nombre à cette époque. Les jeunes pensionnaires de l'Académie de France à Rome comme Hébert et son ami Papety, s'inscrivent naturellement dans cette pratique.
Les peintres romantiques comme Schnetz, qui est directeur de la villa Médicis pendant le premier séjour d'Hébert, ont l'habitude de représenter leurs modèles dans les tenues d'apparat portées à l'occasion des fêtes religieuses. Dans les années 1850-1860, à la recherche de réalisme, Hébert s'installe dans des villages retirés des Abruzzes où il saisit les paysannes dans leurs robes de travail et leurs occupations quotidiennes.

Gabrielle Hébert-Paysannes dans les environs de Prossedi
Gabrielle Hébert
Paysannes dans les environs de Prossedi, 1892
©La Tronche, musée Hébert/DR

Le photographe est sa femme !
La photographie est en plein essor lorsque le peintre Ernest Hébert arrive avec sa jeune épouse pour son second directorat à l'Académie de France à Rome (1885-1890). Gabrielle (1853-1934) se passionne pour cette nouveauté. Munie d'un des premiers appareils portables, elle prendra plus de 1600 instantanés. Elle laisse un reportage unique sur l'Italie, la vie à Rome, à la villa Médicis, sur les pensionnaires et sur le peintre-directeur.
En sa compagnie, elle découvre les villages préférés de l'artiste et fixe sur la plaque les paysans - quasi identiques -qui l'avaient inspiré trente ans plus tôt. L'ensemble inédit, exceptionnel tant par son aspect documentaire que par la qualité plastique et le nombre des clichés, vient enrichir la connaissance du peintre Hébert et de son entourage. Il révèle aussi le talent méconnu de son épouse.

Anonyme-Paysans ciociari sous le portique de la villa Médicis
Anonyme
Paysans ciociari sous le portique de la villa Médicis, février 1891
©Paris, musée national Ernest Hébert/DR

Italie, terre d'inspiration
La première rencontre d'Ernest Hébert avec l'Italie en 1840, alors qu'il vient d'obtenir le grand Prix de Rome de Peinture d'histoire, marque la naissance de sa passion pour ce pays. Dès les débuts de sa carrière, il trouve dans la péninsule, liberté et motivation créatrice.
Après le succès de La mal'aria au Salon de 1850, désireux de s'éloigner de la vie parisienne, il reprend le chemin du sud. En 1853, Hébert choisit de retourner en Italie avec deux camarades peintres, Imer et Castelnau, pour un voyage qui doit les conduire de Marseille à Naples. Avec eux, il retrouve l'ambiance estudiantine et confraternelle de l'Académie de France à Rome, découvre des petits villages reculés, leurs habitants pauvres et vaillants.

Ernest Hébert-Fille d'Alvito, étude pour la tête de la porteuse d'eau à mon père
Ernest Hébert
Fille d'Alvito, étude pour la tête de la porteuse d'eau à mon père, 1855
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Jean-Gilles Berizzi/DR

Les étapes du trio égrènent sur la carte les sites préférés de l'artiste, qui seront autant de sujets pour de futurs tableaux : à l'est de Rome, Cervara ; au sud, Ceprano, Alvito, Saracinesco, San Germano... Il y a remarqué des scènes et des personnes authentiques qu'il veut absolument peindre. Sur place, Hébert fait de nombreux dessins qui lui permettent de fixer les paysannes dans leurs occupations journalières. Il les transpose dans de grandes compositions qu'il ordonne sur la toile en atelier. Ce faisant, il élève ces modestes villageoises à un type intemporel, ressuscitant à travers elles des souvenirs hérités de l'Antique.