Exposition

Italies - L'Art italien à l'épreuve de la modernité, 1880-1910

Du 10 avril au 15 juillet 2001
Angelo Morbelli-Pour 80 centimes !
Angelo Morbelli
Pour 80 centimes !, 1893-1895
©Civico Museo Borgogna/DR

Organisée conjointement par la Galleria Nazionale d'Arte Moderna à Rome (22 décembre 2000 - 11 mars 2001), et le musée d'Orsay (10 avril - 15 juillet 2001), l'exposition Italies. L'art italien à l'épreuve de la modernité (1880-1910) n'est pas une monographie chargée d'ébranler nos certitudes, mais une exposition démontrant trente ans de la vitalité d'un pays à la fois très ancien et récent.

Francesco Paolo Michetti-Procession de femmes avec cierges, menée par un porte-croix et arrivant à Casalbordino
Francesco Paolo Michetti
Procession de femmes avec cierges, menée par un porte-croix et arrivant à Casalbordino, 1893-1894
©Collection particulière/DR

L'Italie, mère des arts, réalise son unité politique au XIXe siècle. Rome devenue capitale en 1870 se veut la troisième Rome, face à la cité papale, grâce à un programme complexe de célébrations. La fin de l'idéal du Risorgimento et les déséquilibres économiques qui suivent la transformation du pays agricole en pays industriel vont-ils empêcher les artistes d'exprimer cette "modernité" pressant l'Europe de toute part ? C'est la question que pose l'exposition principale Italies. L'art italien à l'épreuve de la modernité (1880-1910) accompagnée de deux expositions satellites, l'une consacrée aux arts décoratifs avec Carlo Bugatti (1856-1940), l'autre à la littérature et les arts avec Gabriele D'Annunzio (1863-1938), et d'un film de Stan Neumann, Le Passage Umberto Primo de Naples.

Francesco Paolo Michetti-La Fille de Jorio
Francesco Paolo Michetti
La Fille de Jorio, 1895
©Pescara, Administrazione provinciale/DR

La richesse du passé artistique de l'Italie est écrasante mais peut devenir un levier comme le montre dès le début la "Rome byzantine" avec de grands tableaux jamais exposés à Paris. La Fille de Jorio de Francesco Paolo Michetti (1851-1929), récompensée à la première Biennale de Venise (1895) exprime les forces primitives des Abruzzes. Michetti photographiait aussi les superstitions que son ami D'Annunzio mit en scène dans sa pièce de théâtre éponyme (1904).
Les compositions de Giulio Sartorio (1860-1932), le décorateur du Parlement de Rome, Diane d'Ephèse et les esclaves, La Gorgone et les héros qui fustigent les deux aspects de la vanité de l'existence, célèbrent la dimension onirique du classicisme. Naples demeure plus fidèle au réalisme avec Antonio Mancini (1852-1930) et Vincenzo Gemito (1852-1929), sans que ce réalisme populaire n'oublie jamais l'antique.

Giuseppe Primoli-L'admiratrice de Réjane
Giuseppe Primoli
L'admiratrice de Réjane, 1889
©Fondation Primoli/DR

Dans la section suivante, les Séductions de Paris exaltent le fouetté, la vitesse de la touche chez les peintres Giovanni Boldini (1842-1931) et Giuseppe De Nittis (1846-1884) comme chez les sculpteurs Paolo Troubetzkoy (1866-1938) et Rembrandt Bugatti (1884-1916). Le comte Giuseppe [Gégé] Primoli (1851-1927), photographe amateur, restitue son monde, qu'il soit parisien ou vénitien.

Giuseppe De Nittis-Journée d'hiver - Portrait de Madame De Nittis
Giuseppe De Nittis
Journée d'hiver - Portrait de Madame De Nittis, 1882
©Museo Civico/DR

C'est en 1889 que s'installe en France Medardo Rosso (1858-1928), le plus grand sculpteur italien de ce temps, qui invente la "sculpture impressionniste", les installations, l'oeuvre éphémère...

Medardo Rosso-Enfant malade
Medardo Rosso
Enfant malade, 1889-1892
©Galleria Nazionale d'Arte Moderna/DR

Pour affirmer ses thèses, il fait prendre des photographies de ses oeuvres selon le point de vue unique qu'il exige du spectateur. Le prêt des cires conservées par la quatrième génération des descendants de l'artiste dans le musée privé de Barzio, celui des photographies retaillées par l'artiste, et celui des cires de la Galleria Nazionale d'Arte Moderna de Rome sont un événement sans précédent.

Giovani Segantini-Les mauvaises mères
Giovani Segantini
Les mauvaises mères, 1894
©Osterreichische Galerie Belvedere Vienna/DR

Autour de L'Utopie du progrès, la troisième partie regroupe le Refus symboliste et le Socialisme divisionniste. Dans le Nord (Lombardie - Piémont), les courants idéalistes ne sont pas nettement séparés du positivisme.

Giuseppe Pelizza Da Volpedo-Fleur brisée, dit aussi Il morticino
Giuseppe Pelizza Da Volpedo
Fleur brisée, dit aussi Il morticino, Entre 1896 et 1902
©photo musée d'Orsay / RMN/DR

La Maternité de Gaetano Previati (1853-1920) marque l'apparition officielle du divisionnisme (1891), Les Mauvaises Mères de Giovanni Segantini (1858-1899), l'apogée du symbolisme (1894). Le Socialisme divisionniste met en scène les intérêts humanitaires de Giuseppe Pellizza da Volpedo (1866-1907) et d'Angelo Morbelli (1853-1919) que rapproche l'étude scientifique de la lumière.

Giuseppe Pelizza Da Volpedo-Le quatrième Etat
Giuseppe Pelizza Da Volpedo
Le quatrième Etat, 1898-1901
©Civica Galleria d'Arte Moderna/DR

Les grandes toiles du premier, Fiumana et Il quarto Stato, exceptionnellement prêtées par Milan, constituent le plus vibrant manifeste des luttes sociales italiennes au tournant du siècle et de leur maturation chez un peintre qui n'entend pas faire "de l'art pour l'art" mais "de l'art pour l'humanité".

Umberto Boccioni-Rixe dans la galerie
Umberto Boccioni
Rixe dans la galerie, 1910
©Pinacothèque de Brera/DR

La dernière partie de l'exposition met en parallèle les deux voies d'accès à la modernité: la plus connue, celle qui mène au Futurisme ne doit pas masquer la plus originale, celle qui passe par les musées "revisités" avec les peintures de Giorgio De Chirico (1888-1978) et les sculptures d'Adolfo Wildt (1867-1931), qui seront pour le public parisien une étonnante découverte.