Exposition

Jacek Malczewski (1854-1929)

Du 15 février au 14 mai 2000
Jacek Malczewski-Autoportrait en costume blanc (détail)
Jacek Malczewski
Autoportrait en costume blanc (détail), 1914
©Musée national, Cracovie/DR

Dans la remarquable embellie qui marque l'art polonais du tournant du siècle, Malczewski occupe une place particulière, proposant des oeuvres constamment ambitieuses, sous-tendues par la politique et la polémique, hantées de symboles et de fantasmes qui se greffent sur la réalité la plus quotidienne.
S'inscrivant dans la grande tradition de la peinture d'histoire qu'il renouvelle et pervertit, il développe d'abord ses convictions artistiques dans les compositions monumentales de La Mélancolie (1890-1894) et du Cercle vicieux (1895-1897).

Jacek Malczewski-L'Art (partie de droite du triptyque)
Jacek Malczewski
L'Art (partie de droite du triptyque), 1903
©Musée national de Wrocklaw/DR

Par la suite, le peintre inscrit ses recherches dans un courant national et prend particulièrement en compte les relations entre l'art et l'artiste. Il aborde le thème du devoir du créateur par rapport au passé national et réfléchit sur l'influence de l'art dans la vie réelle. Pendant près d'un demi-siècle, Malczewski élabore des cycles et des séries, mêlant ses propres symboles à ceux de la tradition, dont il modifie le sens par de nouvelles compositions.

Jacek Malczewski-Ma vie (triptyque partie de droite)
Jacek Malczewski
Ma vie (triptyque partie de droite), 1911
©Musée national de Varsovie/DR

Son message pictural est centré sur l'être humain, porteur d'inquiétudes séculaires touchant aux questions existentielles : la naissance, la vieillesse et la mort. Il met en images la destinée humaine au moyen d'antinomies fréquemment employées par les symbolistes : la vie et la mort ou les métamorphoses de la nature. La femme tient un rôle essentiel : elle peut symboliser la patrie perdue – "Polonia" -, prendre l'aspect fantastique d'une chimère ou d'une harpie harcelant l'artiste. Elle peut encore incarner la mort, sous les traits convenus d'une puissante jeune fille tenant une faux ou sous l'aspect plus effrayant de "Thanatos", une sévère envoyée de la mort.

Jacek Malczewski-Portrait d'Edward Raczynski
Jacek Malczewski
Portrait d'Edward Raczynski, 1903
©Musée national de Poznan/DR

L'éducation classique de Malczewski, à la fois teintée de culture latine très ancrée dans l'histoire de la nation et empreinte d'une intense religiosité issue de sa famille, a eu une influence déterminante sur la formation de sa personnalité artistique. En effet, Malczewski puise librement des éléments dans le patrimoine iconographique aussi bien antique que chrétien. Il aime également se référer aux croyances et légendes populaires ainsi qu'aux poètes romantiques : Juliusz Slowacki et Zygmunt Krasinski. Son originalité réside dans l'assimilation de sujets légendaires et littéraires dont il se sert comme tremplin à l'activité débordante de son imaginaire. Ainsi mêle-t-il sciemment, le fantastique et le réel, ce qui frappe particulièrement dans ses portraits.

Jacek Malczewski-Portrait de Stanislaw Bryniarski
Jacek Malczewski
Portrait de Stanislaw Bryniarski, 1902
©Musée national de Varsovie/DR

En arrière-plan de ses modèles, il donne forme à des symboles aux significations ésotériques qui sont censés fournir des clefs d'interprétation psychique. Parallèlement, il peuple d'êtres mythologiques et fantastiques, mais comme apprivoisés, des paysages qui trahissent les liens avec son enfance et même avec sa période de maturité.

Jacek Malczewski-Sur une seule corde ?R Autoportrait
Jacek Malczewski
Sur une seule corde ?R Autoportrait, 1908
©Musée national de Varsovie/DR

Dans ces paysages, il n'est pas impossible de rencontrer un ange gardien, une chimère tentatrice ou encore la Mort qui attend l'homme errant au bout de la route. L'oeuvre de Malczewski revêt de nombreux visages, tout comme l'artiste lui-même qui, avec obstination, fixe son image en des dizaines d'autoportraits, y compris des autoportraits cryptés. On ne lit jamais l'action du temps sur son visage si caractéristique ; seuls le costume ou les couvre-chefs surprenants expriment des états d'esprit différents. Malczewski aime à changer de vêtement – tantôt il porte un habit de bouffon, tantôt un manteau de prisonnier, ou encore une armure de chevalier, se montrant, tour à tour, sous l'aspect du Christ, de Tobie, d'Ezéchiel, de saint François ou enfin d'un esclave de l'art.

Jacek Malczewski-Adieu à l'atelier
Jacek Malczewski
Adieu à l'atelier, 1913
©Musée silésien de Katowice/DR

La particularité de son art réside dans l'expression d'un message symbolique par une facture souvent proche du naturalisme. Celle-ci se combine au modelé presque sculptural des personnages dans une composition et un mode de cadrage originaux. Le peintre use d'un code magique de couleurs aux dissonances souvent imprévues. La part d'énigme que conserve toujours son oeuvre n'est pas étrangère à l'intérêt constant dont elle jouit auprès du public et des collectionneurs.

Jacek Malczewski-Sainte Agnès
Jacek Malczewski
Sainte Agnès, 1920-1921
©Musée national de Varsovie/DR

L'oeuvre pictural de Malczewski est estimé à environ deux mille tableaux à l'huile dont environ mille deux cents actuellement répertoriés. Ils se trouvent en majorité dans les musées polonais et des collections particulières. Pour cette première rétrospective française, soixante ont été retenus parmi les pièces maîtresses. Cette sélection reflète les thèmes majeurs de l'artiste : des tableaux réalistes représentant des sujets de martyrologie patriotique (1891-1892), des compositions typiquement symboliques (1890-1897), de nombreux autoportraits, présentant des étapes successives de son activité. On doit signaler particulièrement le cycle Ma Vie (1814-1919), qui dresse le bilan de l'existence de l'artiste, la très émouvante Transmission de la palette (1922), la Résurrection (1920) et Sainte Agnès (1920-1921), toile étonnante par sa simplicité métaphorique.