Exposition

La photographie au musée d'Orsay. 20 ans d'acquisitions : 1986-2006

Du 06 mars au 27 mai 2007
Félix Thiollier-Paris, marché au Puces, décor de théâtre
Félix Thiollier
Paris, marché au Puces, décor de théâtre, Vers 1895
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Commencée en 1979, la collection photographique du musée d'Orsay compte aujourd'hui plus de 45 000 épreuves et sa politique d'acquisitions se poursuit, plus active que jamais. Le parti adopté pour sa constitution a été de montrer que la photographie est un mode d'expression à part entière et qu'elle a contribué à modifier notre façon d'appréhender le monde. Il fallait, en s'abstenant de doubler les collections publiques existantes, offrir un panorama cohérent de la création photographique entre 1839 et 1918.

Le musée a mis l'accent sur la production des années 1850, antérieure à la commercialisation effrénée des ateliers ; invention et qualité artisanale des épreuves y dominent. Les grands "primitifs", Gustave Le Gray (1820-1884), Charles Nègre (1820-1880) dont le musée possède le plus beau fonds conservé en France (acquis en partie en 2002) et Félix Nadar (1820-1910), avec une centaine de portraits d'artistes et d'écrivains acquis en 1991, sont particulièrement bien représentés.

Le fonds d'atelier d'Eugène Disderi (1819-1889) acheté en 1995 est venu offrir un contrepoint intéressant au portrait nadarien. L'entrée, en 1986, des photographies archéologiques prises en Egypte par Félix Teynard (1817-1792), John Beazly Greene (1832-1856) et Théodule Déveria (1831-1871) a permis d'illustrer un autre aspect de cette photographie "primitive".

Acquise en 2005 et exposée actuellement au Jeu de Paume à Paris et au Japon, une série de vues du port de Balaklava pendant la guerre de Crimée par Roger Fenton (1819-1869) ainsi que les deux daguerréotypes achetés en 2003 et montrant des barricades à Paris après la répression de 1848, témoignent de la façon encore imparfaite mais saisissante dont la photographie à l'époque peut traduire l'histoire événementielle.

Edmond Lebel-Modèle pour sa peinture, Petite marchande de figue et de noix
Edmond Lebel
Modèle pour sa peinture, Petite marchande de figue et de noix, 1868
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

On peut encore découvrir dans les familles des fonds entier d'artistes, comme le prouve l'acquisition en 2006 du fonds Edmond Lebel (1834-1908), un peintre élève de Léon Cogniet qui avait séjourné en Italie au début des années 1860.

Pour le tournant du siècle, le musée a recherché systématiquement les photographies prises par les peintres ou les écrivains comme Edgar Degas (1834-1917) ou Fernand Khnopff (1858-1921). Les ensembles d'épreuves d'un Pierre Bonnard (1867-1947) et d'un Maurice Denis (1870-1918), donnés par leurs familles, montrent l'alliance féconde entre la nouvelle technique de l'instantané et la sensiblité nabie.

Découvrir ou remettre à l'honneur des photographes peu connus telle est aussi l'ambition du musée d'Orsay. Félix Thiollier (1842-1914) par exemple dont les plus belles réalisations, en marge du pictorialisme, n'ont pas été diffusées du vivant de l'artiste, fera l'objet d'une exposition en 2009.

Depuis 1986, le musée a enrichi sa collection de pictorialistes. In Memoriam, un grand nu d'Edward Steichen (1879-1973) acquis en 1999, est actuellement exposé au Japon ; le grand Paysage d'hiver de George Seeley (1880-1954) est entré en 1994 ; le fonds entier de Paul Burty Haviland (1880-1950), un proche collaborateur de Stieglitz, a été acquis auprès des héritiers en 1993. Grâce au don de la Fondation Georgia O'Keeffe et à une acquisition récente, le musée d'Orsay conserve plusieurs oeuvres majeures d'Alfred Stieglitz (1864-1946) qui a assuré le

Léon Gimpel-Séracs du glacier des Bossoms supérieurs, août 1911
Léon Gimpel
Séracs du glacier des Bossoms supérieurs, août 1911, 1911
©DR - RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski/RMN / Réunion des Musées Nationaux

passage du pictorialisme à la modernité.

1904 marque l'avènement de la photographie en couleurs, avec l'autochrome mis au point par les frères Lumière et bientôt commercialisé par leurs soins. Les trois vues du Mont Blanc de Léon Gimpel (1873-1948), acquises en 2006, sont particulièrement remarquables. A côté, les autochromes de Paul Burty Haviland ont un caractère expérimental, mais constituent par leur recherche de l'expression au moyen de la couleur, de la lumière et de la forme, un héritage du symbolisme.