Exposition

Le zoo d'Orsay

Du 01 mars au 25 mai 2008
Remrandt Bugatti-Deux girafes
Remrandt Bugatti
Deux girafes, Vers 1907
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski/DR

A Paris, la Ménagerie du Jardin des Plantes, fondée en 1793, révèle des animaux exotiques à un public avide de nouveautés. Elle permet aux artistes d'y observer les pensionnaires, en créant pour eux des cours de dessin et de modelage. Antoine-Louis Barye et Eugène Delacroix sont parmi les premiers à en bénéficier. François Pompon conçoit son Ours blanc à la vue d'ours polaires ramenés du grand Nord par le duc Philippe d'Orléans. Quant à Rembrandt Bugatti, il passe près de dix ans au zoo d'Anvers.
A cet exotisme s'opposent les animaux de la ferme, qui fournissent des sujets populaires à des peintres spécialisés, tels Charles Jacque ou Rosa Bonheur. Dans ce domaine aussi, de nouveaux animaux sont obtenus par les hommes : c'est ce qu'on appelle la zootechnie. On fixe les "stud books" (des livres généalogiques qui proposent un listage des meilleurs représentants d'une race) et de donner une et les "pedigrees", on importe des espèces inconnues, on procède à des croisements. C'est le moment des premiers concours d'animaux, fondés sur des critères de beauté et de performance. Les races se multiplient. Les chevaux sont l'objet d'une âpre concurrence entre la race arabe et le pur-sang anglais. La mode des courses hippiques, inventées en Angleterre, gagne la France, comme en témoignent les tableaux et les sculptures d'Edgar Degas.
Certains chiens sont à la mode, tel le griffon, d'autant que la chasse reste un loisir répandu. Certains animaliers sont eux-mêmes chasseurs, comme Louis de Monard, qui séduit la clientèle aristocratique. Les chats, chantés par Baudelaire et Champfleury, deviennent l'âme du foyer et Théophile-Alexandre Steinlen les dessine, les peint et les sculpte sans relâche.

Emmanuel Fremiet-Chien blessé
Emmanuel Fremiet
Chien blessé, Vers 1850
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski/DR

L'animal est partout, même dans la décoration. Longtemps considéré pour sa seule utilité, il est dorénavant chéri pour lui-même. Paradoxalement, en même temps que se développe l'édition massive de petits bronzes, destinés à orner cheminées et commodes, l'homme prend conscience du fait que l'animal est une personne, du moins qu'il est capable de sentiments, susceptible de souffrance, doté de qualités particulières. Ce qui est pour nous une évidence ne l'est pas, à une époque encore marquée par la théorie de l'"animal-machine", inventée par le philosophe Descartes au XVIIe siècle.

La médecine vétérinaire puis les études comportementales prennent leur essor. La Société Protectrice des Animaux (SPA) est fondée en 1845, puis, à partir de 1850, la loi Grammont punit ceux qui sont coupables de mauvais traitements envers les animaux. En même temps, le Chien blessé d'Emmanuel Fremiet émeut les foules au Salon de 1850 et des peintres comme Philippe Rousseau ou Charles Monginot se font une spécialité des scènes de genre sentimentales, mettant en scène des animaux. En 1859, Charles Darwin met en évidence le cousinage entre l'homme et le singe et achève de bouleverser les mentalités.

La reconnaissance officielle de l'art animalier est plus tardive. Elle se concrétise notamment avec l'achat d'oeuvres par les musées, dont le musée du Luxembourg à Paris, l'ancêtre du musée d'Orsay. Par ailleurs, de nombreux artistes et héritiers d'artistes, ainsi que des collectionneurs particuliers ont fait des dons et legs d'oeuvres à sujets animaliers. Aujourd'hui, cet art peine à trouver place dans les musées, alors que les artistes contemporains ne s'en sont pas détournés.