Exposition

Les Expositions universelles, architectures réelles et utopiques

Du 19 juin au 16 septembre 2007

"Exposition : sujet de délire du XIXe siècle". Cette célèbre définition de Gustave Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues, semble bien caractériser la folie des expositions universelles qui, de 1851 à 1900, se transforment peu à peu en "féerie géographique", en "cité oecuménique", en cette "ville nouvelle et éphémère cachée à l'intérieur de l'autre".

Jean Camille Formigé-Exposition universelle de 1889, Palais des Beaux-Arts, travée du porche central donnant sur le jardin, état définitif
Jean Camille Formigé
Exposition universelle de 1889, Palais des Beaux-Arts, travée du porche central donnant sur le jardin, état définitif, 1889
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

L'industrie s'exposait déjà en des manifestations nationales depuis la fin du XVIIIe siècle. La première manifestation française date de 1798 et affirme "vouloir porter le coup le plus funeste à l'industrie anglaise". Avec le développement des chemins de fer, du commerce et des échanges internationaux, naît au milieu du XIXe siècle l'idée d'organiser une confrontation pacifique, internationale, rassemblant commerce, industrie et beaux-arts.

Le musée d'Orsay a cherché, dès les années de sa formation, à constituer, à l'aide de dessins originaux et grâce à la magistrale donation du fonds Eiffel en 1981, une collection qui refléterait les grands projets comme les attractions architecturales des expositions universelles. Bien sûr, ce sont les Archives Nationales qui conservent les fonds les plus riches et les plus importants consacrés à ces manifestations, puisqu'elles constituaient le lieu de dépôt des projets comme des archives, mais quelques heureuses opportunités ont permis d'enrichir les collections nationales d'ensembles spectaculaires, pour les expositions de 1855, 1878, 1889 et 1900.

Thomas Abel Prior-La reine Victoria inaugurant l'Exposition universelle de 1851, au Crystal Palace de Londres
Thomas Abel Prior
La reine Victoria inaugurant l'Exposition universelle de 1851, au Crystal Palace de Londres, 1851
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

La première exposition de 1851 à Londres fut un vrai succès : 14 000 exposants et six millions de visiteurs. L'organisation y avait été laissée à l'initiative privée. En 1855 en revanche, l'entreprise est prise en charge par l'Etat français, Napoléon III voulant relever le défi anglais.
Alors qu'à Londres, toute l'exposition se trouvait concentrée à l'intérieur du Crystal Palace, celle de Paris est beaucoup plus dispersée. A l'Exposition universelle des produits agricoles et industriels prévue à l'origine, on adjoint une Exposition des Beaux-Arts inexistante à Londres, qui deviendra une importante composante des futures expositions. A l'évidence, il est impossible de tenir l'ensemble des manifestations dans un seul bâtiment. Il faut donc imaginer des annexes. Outre le Palais de l'Industrie, destiné à rivaliser avec l'éblouissante réalisation britannique, on construit également une Galerie des Machines, en fonte et bois, ainsi qu'un Palais des Beaux-Arts de style Renaissance française. A ces bâtiments se greffent un pavillon construit par Gustave Courbet, mécontent de s'être vu refuser sa grande composition L' Atelier du peintre à l'exposition officielle, ainsi que de nombreuses petites constructions, "élégants bazars aux mille couleurs" : comptoirs de vente, Bazar international de l'industrie universelle, panoramas, buffets. L'ensemble bâti couvre finalement dix-sept hectares.

Max Berthelin-Palais de l'industrie, coupe transversale
Max Berthelin
Palais de l'industrie, coupe transversale, 1854
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski/DR

Le Palais de l'Industrie, édifice principal de l'Exposition, constitue le premier bâtiment métallique public de cette ampleur en France. Il se compose d'un corps principal rectangulaire flanqué de six pavillons contenant bureaux, escaliers, etc. L'intérieur comprend une immense salle centrale, entourée de tous côtés par une galerie de trente mètres de large. Toute la maçonnerie est rejetée à l'extérieur et tous les supports intérieurs, les planchers, les combles, sont entièrement métalliques et apparents. Le véritable exploit par rapport au Crystal Palace est la portée centrale de quarante-huit mètres, sans qu'aucun tirant ne vienne interrompre l'espace. Voir aussi le commentaire du dessin de Max Berthelin

André Granet-La tour Eiffel, projet d'illumination pour l'exposition internationale de 1937
André Granet
La tour Eiffel, projet d'illumination pour l'exposition internationale de 1937, Vers 1937
©DR - Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/Photo RMN - Herve Lewandowski

Après l'Exposition de 1878, marquée par la construction de l'ancien Palais du Trocadéro, le "clou" de l'exposition de 1889, était bien sûr la Tour de 300 mètres. En 1833 déjà, l'ingénieur Trevithick propose d'élever en Grande-Bretagne une tour de mille pieds. Mais sa mort prématurée interrompt le projet. On imagine, sans suite, une tour de trois cent quatre mètres pour l'Exposition universelle de Philadelphie en 1876. On construit à cette époque l'obélisque en marbre de Washington, culminant à cent soixante neuf mètres, une synagogue de cent soixante trois mètres à Turin... En somme, l'idée d'une tour colossale est dans l'air du temps, présente "dans le cerveau des ingéneurs, cherchant à naître". Pour l'exposition de 1889, deux ingénieurs de la maison Eiffel, Maurice Koechlin et Emile Nouguier imaginent eux aussi une "tour très haute". Après avoir hésité, Gustave Eiffel accepte le projet et fini même par racheter leur brevet à Nouguier et Koechlin.

Henri Toussaint-Projet d'habillage de la Tour Eiffel en palais de l'Electricité pour l'Exposition universelle de 1900, élévation
Henri Toussaint
Projet d'habillage de la Tour Eiffel en palais de l'Electricité pour l'Exposition universelle de 1900, élévation, 1894
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Le programme du concours ouvert pour les constructions de l'exposition intègre finalement une "tour de 300 mètres". Certains candidats font à cette occasion preuve d'une vive imagination et d'un goût plus ou moins fin : on la traitait dans le style indien, supportée par des éléphants, on l'ornait des couleurs les plus brillantes, à l'aide de céramiques, d'émaux, de dorures, ou encore on y ajoutait colonnes, arcades, tourelles, lui faisant perdre toute son élégance, traitant le métal comme s'il s'agissait de pierre. La sobriété du projet Eiffel n'empêche pas les violentes critiques. Louis Charles Boileau, qui avait déjà vivement dénoncé la "ferraille" de la Galerie des Machines, déteste cette construction, de même que Charles Garnier, l'architecte de l'Opéra de Paris. Finalement élevée sur le Champs-de-Mars, échappant plus tard aux destructions programmées, la Tour Eiffel deviendra même le symbole de Paris, l'un de ces monuments qui comme le musée d'Orsay - ancienne gare érigée pour l'Exposition de 1900 -, rappellent aujourd'hui encore l'âge des Expositions universelles.