Dessins d'arts décoratifs des collections du musée d'Orsay

L'Objet et son double

Du 31 janvier au 30 avril 2006

Félix-Jacques Duban
Paris, France, 1797 - Bordeaux, France, 1870
Duban est marqué lors de son séjour italien par l'architecture du Quattrocento et les décors de la Renaissance. Sa carrière est brillante : il restaure Blois et la Sainte-Chapelle, donne des projets pour Chantilly, construit l'Ecole des beaux-arts, rénove des demeures prestigieuses comme Dampierre. Duban s'illustre par son goût du décor et de la polychromie. Son activité est protéiforme et son goût éclectique au sens noble du terme : tous les styles suscitent son enthousiasme et sa curiosité, du gothique au rocaille en passant par la Renaissance et le classicisme versaillais. C'est aussi un fantastique dessinateur d'objets dont le plus bel exemple reste les compositions fournies à l'orfèvre Froment-Meurice pour la toilette de la duchesse de Parme.
Modèle de soupière pour un service commandé par Salomon de Rothschild

Modèle de soupière pour un service de table commandé par Salomon de Rothschild
Modèle de soupière pour un service de table commandé par Salomon de Rothschild, Vers 1840
©droit réservé - photo musée d'Orsay / rmn-©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Le baron Salomon de Rothschild, installé à Vienne depuis 1820, commande à la maison Odiot un important service de table en argent. De ce service, plus aucune trace ne subsiste, si ce n'est une douzaine de dessins : onze sont conservés à la Kunstbibiothek de Berlin, et le dessin ici présenté. C'est apparemment dès 1835 qu'Odiot se tourne vers Duban afin d'obtenir des compositions pour ce service. Techniquement très achevé, ce dessin donne une idée des effets à rechercher par les orfèvres et ciseleurs chargés de l'exécution. Au vu de l'importance de la commande et du prestige du client, on peut attribuer ce dessin à Duban même si sa manière évoque davantage celle des dessinateurs industriels spécialisés dans l'orfèvrerie. Peut-être a-t-il été repris par les dessinateurs de la maison Odiot ? Quoi qu'il en soit, dans un tel projet, c'est la Renaissance qui triomphe, et ce n'est qu'un entrelacement de griffons, de têtes de béliers, de putti, de mascarons et de rinceaux, de godrons et de rangs de perles.

Frédéric-Jules Rudophi
Copenhague, Danemark, 1808 - ? 1872
Débutant sa brillante carrière d'orfèvre et de bijoutier à Copenhague, Frédéric-Jules Rudolphi gagne vraisemblablement Paris en 1835. Il y devient le collaborateur de l'orfèvre d'origine allemande Carl Wagner et lui succède en 1841. Auprès de Wagner, Rudolphi s'initie aux sujets tirés de l'histoire médiévale et de la Renaissance et aux techniques de l'émail et du métal. Lors de l'Exposition des Produits de l'Industrie de 1844, le Danois connaît un vif succès qui ne se dément pas lors des Expositions universelles de 1851 à 1867. Il se spécialise dans l'orfèvrerie religieuse, les bijoux et les pièces d'ornement. Chez Rudolphi, la veine médiévale s'enrichit d'une véritable passion pour la Renaissance et d'un intérêt soutenu pour le vocabulaire décoratif de l'Orient. Un certain goût pour la profusion et la richesse des matériaux triomphe toujours.
Projet pour un bassin d'orfèvrerie émaillé

Frédéric-Jules Rudolphi-Projet pour un bassin d'orfèvrerie émaillé
Frédéric-Jules Rudolphi
Projet pour un bassin d'orfèvrerie émaillé, Vers 1850
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Saisissante par sa présentation au quart d'exécution, qui n'est pas rare pour les objets de composition régulière, cette étude pour un bassin d'orfèvrerie émaillé permet de juger de la précision du travail de Rudolphi dans le dessin des motifs décoratifs et de sa capacité à donner vie à son projet, avec quelques couleurs.
Projet de coupe en lapis-lazuli et argent oxydé

Frédéric-Jules Rudolphi-Projet de coupe en lapis-lazuli et argent oxydé
Frédéric-Jules Rudolphi
Projet de coupe en lapis-lazuli et argent oxydé, Entre 1851 et 1862
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Ce projet de coupe en lapis-lazuli et argent oxydé illustre bien l'enthousiasme de Rudolphi pour les matières précieuses et les gemmes, dans la tradition des grands Schatzkammer (trésors impériaux) européens. Cette coupe présente un pied richement ouvragé, et Rudolphi a su rendre avec nuance les effets nuageux du lapis. L'aspect extrêmement fini de ce dessin laisse penser que cette coupe a été réalisée par Rudolphi.

Fannière frères
François-Auguste Fannière
Longwy, France, 1818 - Paris, France, 1900
François-Joseph Fannière
Longwy, France, 1820 - Paris, France, 1897
Neveux de l'orfèvre Fauconnier, Auguste et Joseph Fannière illustrent un rare cas de fratrie artistique dans le domaine des arts industriels. Auguste entre à l'Ecole des beaux-arts et fréquente l'atelier du peintre Martin Drolling avant de s'adonner exclusivement à la sculpture : il continue à exposer régulièrement au Salon médaillons et statuettes en marge de son activité d'orfèvre. Son cadet Joseph est orfèvre et ciseleur : leur complémentarité apparaît parfaitement efficace.
Projet pour un service à bière, pichet, gobelet et plateau
Projet pour un service à bière, plateau

Fannière frères-Projet pour un service à bière, pichet, gobelet et plateau
Fannière frères
Projet pour un service à bière, pichet, gobelet et plateau, Entre 1865 et 1867
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Au regard de l'orfèvrerie du Second Empire qui fait la part belle aux échos de la Renaissance et des styles rocaille et Louis XVI, le naturalisme rafraîchissant de ces deux dessins ne laisse pas de surprendre.

Fannière Frères-Projet pour un service à bière, plateau
Fannière Frères
Projet pour un service à bière, plateau, Entre 1865 et 1867
©photo musée d'Orsay / rmn-©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

A en croire la répartition des rôles désormais admises entre les deux frères, c'est sans doute à Auguste que reviennent ces deux feuilles et il a fallu tout le talent de ciseleur de Joseph pour obtenir cet étonnant effet de l'argent. L'usage de ces dessins est sujet à interrogation : est-ce que les orfèvres ont eu recours à cette composition très finie pour exécuter les pièces correspondantes ou a-t-elle plutôt servi à leur reproduction par la gravure ?
Service à bière

Fannière Frères-Plateau, service à bière
Fannière Frères
Plateau, service à bière, Vers 1865
©droit réservé - photo musée d'Orsay / rmn-©DR - RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Konstantinos Ignatiadis/DR

Du pot à bière, on connaît plusieurs exemplaires, l'un, de proportions plus graciles, est conservé à Baltimore (The Walters Arts Gallery), mais le service complet (pot à bière, plateau et deux gobelets), conservé au musée d'Orsay, est unique. Il détonne au sein du reste de la production des frères Fannière, en jouant spirituellement des rapports entre contenant et contenu (la forme du récipient en bois, comme un tonneau, et les tiges de houblon), du fourmillement des animaux traités avec réalisme (escargot, souris, lézard, insectes) et de la simplicité de la composition. On a pu y voir aussi une précoce influence du japonisme, même si c'est plus certainement l'évocation d'une rusticité bien française qui est recherchée.

Antoine Zoegger
Wissembourg, France, 1829 - Paris, France, 1885
Formé à l'Ecole des beaux-arts, Zoegger est d'abord un sculpteur ornemaniste qui participe aux grands programmes décoratifs liés aux chantiers de restauration du Second Empire. Sous l'égide de Viollet-le-Duc, il décore les appartements impériaux de Pierrefonds. Appelé sur le chantier de décoration du palais que l'architecte Jean Girette construit pour Nathaniel de Rothschild à Vienne, il s'y installe de 1873 à 1879, et devient un véritable décorateur et un dessinateur de mobilier prisé d'une riche clientèle. C'est de cette période que date une grande partie du fonds Zoegger conservé au musée d'Orsay, donné par Mme Geneviève Barrez en 1988.
Différents projets de montures pour des oeufs d'autruche

Antoine Zoegger-Différents projets de montures pour des oeufs d'autruche
Antoine Zoegger
Différents projets de montures pour des oeufs d'autruche, Vers 1875
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Dans la tradition des oeufs d'autruche à montures d'orfèvrerie des Wunderkammer européens, ces études sont à rapprocher des gemmes et objets naturels montés dans la tradition renaissante et baroque font alors rage chez les grands amateurs, les Rothschild en tête.
Projet de fauteuil de style Louis XVI recouvert de tapisserie

Antoine Zoegger-Projet de fauteuil de style Louis XVI
Antoine Zoegger
Projet de fauteuil de style Louis XVI, Vers 1875
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Ce dessin très abouti insiste sur les garnitures néo-classiques. Les effets chromatiques très soignés rappellent que le décorateur au XIXe siècle est avant tout celui qui possède le don consommé de la "tapisserie".

Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc
Paris, France, 1814 - Lausanne, Suisse, 1879
Rebelle à la tradition qui veut que tout grand architecte passe par l'Ecole des beaux-arts, Viollet-le-Duc préfère sillonner l'Italie selon sa propre volonté, de 1836 à 1837. Il y approfondit sa connaissance de l'architecture médiévale et développe ses théories personnelles en matière de rationalisme architectural. On lui doit, entre autres, les chantiers de restauration de Notre-Dame de Paris et de Carcassonne, et du château de Pierrefonds.Il se passionne également pour la question du décor et n'hésite pas à dessiner, pour certains de ses chantiers, des ameublements qui prouvent l'importance, à ses yeux, des arts industriels : son Dictionnaire raisonné du mobilier français (1858-1875) en témoigne.
Reliquaire de la Sainte-Couronne

Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc-Reliquaire de la Sainte-Couronne
Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc
Reliquaire de la Sainte-Couronne, 1859
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Le Trésor de la Sainte-Chapelle connaît une histoire mouvementée sous la Révolution, close en partie par l'envoi à la fonte des pièces d'orfèvrerie.Préservées, certaines reliques refont leur apparition dans les premières années du XIXe siècle. En 1806, l'orfèvre Cahier fournit une châsse en cuivre doré dans le style néo-classique. Chargé de la restauration du trésor, Viollet-le-Duc se voit confier le projet d'un reliquaire plus adapté en février 1859, et les dessins pour exécution, fournis à l'orfèvre Poussielgue-Rusand, datent de mars 1859. Notre dessin, à moitié d'exécution, diffère du reliquaire livré par ce dernier : certes la forme de couronne ornée de fleurs de lys, reprenant le reliquaire médiéval connu par la gravure, est identique, mais le pied n'est pas celui retenu en dernier lieu. Ici, il est formé de deux anges agenouillés, tandis que dans la suite de ses recherches Viollet-le-Duc a choisi un parti pris symbolique plus efficace : le support du reliquaire doit évoquer les personnages liés à l'histoire de la relique, d'abord Saint-Louis et Saint-Baudouin, qu'il flanque de Sainte-Hélène, plaçant chacune de ses figures dos à la couronne dans le projet tel qu'il sera exécuté par Poussielgue-Rusand.

Gustave Moreau
Paris, France, 1826 - Paris, France, 1898
Elève du peintre Picot, mais plus influencé par l'oeuvre de Chassériau, Gustave Moreau séjourne longuement en Italie où il se forge une admiration solide pour la Renaissance. Son art, baigné d'une culture éclectique nourrie de références à la mythologie antique et aux arts d'Orient, confie un rôle primordial à l'imagination, au détriment d'une simple recréation du spectacle de la nature.Ses références nombreuses se fondent en une peinture souvent énigmatique, qu'il conçoit comme un art riche, plein d'effets et de détails. Sa fascination est grande pour la technique de l'émail, et il lui offre quelques unes des plus belles pages de son univers onirique.La Péri.
Dessin pour un émail

Gustave Moreau-La Péri. Dessin pour un émail
Gustave Moreau
La Péri. Dessin pour un émail, 1867
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

C'est en 1866 qu'apparaissent pour la première fois au Salon des dessins et aquarelles de Gustave Moreau : l'inspiration de l'artiste y est renouvelée par l'apparition d'un thème encore inédit dans son oeuvre, celui de l'Orient.Cette aquarelle est à rapprocher de deux autres aquarelles, le Chasseur qui sert de modèle à un émail de Frédéric de Courcy exposé au Salon de 1867, et le Poète indien, vraisemblablement conçue comme un carton d'émail peint. La Péri présente une riche bordure décorative qui s'inspire des planches de la Grammaire de l'ornement d'Owen Jones. L'aquarelle est très probablement celle dont Frédéric de Courcy s'inspire pour son émail peint éponyme, exposé au Salon de 1868, et dont on a de nos jours perdu la trace.

René Lalique
Aÿ, France, 1860 - Paris, France, 1945
Joaillier et verrier de premier plan, René Lalique commence sa carrière comme dessinateur en chambre : formé par Lequien père, il fournit des modèles aux meilleurs bijoutiers-joailliers de Paris, comme Aucoc, Jacta ou Cartier, avant de collaborer avec Vever et Boucheron à la fin des années 1880. Il devient ensuite joaillier sous son propre nom. Dans son premier oeuvre dessiné, la nature occupe toutes ses pensées, plantes et insectes, autant de motifs qu'on retrouve dans ses créations joaillières.
Projet de peigne aux fleurs d'aubépine

René Lalique-Projet de peigne aux fleurs d'aubépine
René Lalique
Projet de peigne aux fleurs d'aubépine, 1899-1905
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Dans ce dessin, la structure de l'objet se conçoit comme élément ornemental.Lalique semble avoir eu une prédilection pour le peigne, élément distinctif de la parure des élégantes à la Belle Epoque. Les matières choisies se déduisent des couleurs portées avec précision sur la feuille : les fleurs sont généralement faites d'émail, les peignes de corne blonde. La précision du graphisme ne laisse rien au hasard. Eloigné des croquis que Lalique jette d'abord sur les pages de ses carnets, ce dessin exprime un travail abouti, qui peut être soumis au regard des clients ou devenir utile aux ateliers de fabrication.

Carlo Bugatti
Milan, Italie, 1856 - Molsheim, France, 1940
Carlo Bugatti concentre son attention sur la création de mobilier. Aux débuts des années 1880, il s'installe à son compte et crée son style singulier, décor peint sur bois ou parchemin, bois sombres incrustés de bois plus clairs et de métal, lignes influencées par les créations japonisantes et orientalistes qui font rage. Séjournant régulièrement à Paris, il présente dès 1894 des éléments de mobilier au Salon de la Société nationale des Beaux-arts. Dès lors son succès ne se démentira pas, malgré les coûts imposés par une mise en oeuvre sophistiquée. En 1904, il s'installe à Paris et délaisse le mobilier pour créer d'étonnantes pièces d'orfèvrerie.
Dix-sept études de sièges

Carlo Bugatti-Dix-sept études de sièges
Carlo Bugatti
Dix-sept études de sièges, 1880-1890
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Chez Carlo Bugatti, le travail préparatoire à la création de mobilier mêle fréquemment dessins et maquettes en plâtre. Le dessin esquisse la forme et la ligne retenues, la maquette assure une mise en forme tridimensionnelle et l'ordonnancement des détails décoratifs. Par les très nombreuses études conservées, les sièges et des fauteuils semblent être un de ses exercices préférés. Le style Bugatti est facilement reconnaissable : dossiers volontiers asymétriques, variations sur les disques de métal placés sur les dossiers ou aux pieds, ligne gracile ou robuste, chaises légères se jouant de l'apesanteur ou fauteuils fermement campés au sol. Le dessin y est toujours assuré et vigoureux, et il laisse percevoir au mieux le génie de Bugatti, s'inspirant des sources mauresques et orientales, pour créer un univers décoratif barbare et raffiné.

Alfons Mucha
Ivancice, Moravie, 1860 - Prague, Tchécoslovaquie, 1939
Peintre de décors de scènes et de décors muraux en Autriche-Hongrie, Mucha rejoint l'Académie des Arts de Munich, puis l'Académie Jullian à Paris. C'est sa rencontre avec Sarah Bernhardt qui décide de sa carrière : après le succès de son affiche pour Gismonda, il devient le dessinateur exclusif des costumes, des décors et des affiches des pièces où joue la comédienne. C'est l'affiche qui fait sa renommée grandissante dans toute l'Europe, même si son activité se diversifie avec des projets de décor (boutique du joaillier Fouquet à Paris en 1900), de cartons de vitraux et d'objets.
Chocolatière, tasse et soucoupe, pince à sucre, sucrier, couverts

Alphonse Mucha-Chocolatière, tasse et soucoupe, pince à sucre, sucrier, couverts
Alphonse Mucha
Chocolatière, tasse et soucoupe, pince à sucre, sucrier, couverts, Vers 1900
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Ce dessin à la mise en page soignée compte parmi les études préparatoires aux planches que publie Mucha en 1902 dans son recueil Documents décoratifs. Ils démontre l'habileté graphique de Mucha, avec les effets de reflet du métal, la vivacité du modelé. La recherche formelle est réelle : la chocolatière est un hybride de samovar aux ondulations florales, le sucrier est à tête de bouquetin, les couverts ont l'allure d'insectes fantastiques.

Frank Lloyd Wright
Richland Center, Wisconsin, Etats-Unis 1867 - Phoenix, Arizona, Etats-Unis, 1959
Après des études inachevées d'ingénieur, Frank Lloyd Wright rejoint à la fin des années 1880 l'agence des architectes Adler et Sullivan à Chicago, avant de fonder sa propre agence. Le guide dès lors la volonté de créer une architecture simplifiée, en rapport intime avec l'environnement naturel dont elle serait le développement organique et logique. L'architecture japonaise, découverte en 1905 lors de son premier séjour au Japon, constitue pour lui une source de réflexion. Wright s'intéresse vivement aux arts décoratifs : pour lui, l'intérieur est un tout, et les meubles et objets doivent être pensés dans la continuité de l'architecture.
Projet de banquette en chêne pour la salle à manger de W.B. Greene à Aurora, Illinois

Frank Lloyd Wright-Projet de banquette en chêne pour la salle à manger de W.B. Greene à Aurora, Illinois
Frank Lloyd Wright
Projet de banquette en chêne pour la salle à manger de W.B. Greene à Aurora, Illinois, 1912
©ADAGP, Paris © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski/DR

Ce dessin synthétique présente un projet de banquette en chêne pour une des nombreuses constructions de Wright dans la région de Chicago. Les mesures portées sur le papier, la précision du trait et des données constructives laissent peu de place à un dessin d'ambiance jouant d'effets. Vues de face, de côté et de haut permettent de juger immédiatement de l'aspect de cette banquette, dont les bras sont constitués de barreaux rapprochés de section carrée, tels que l'on en retrouve fréquemment sur les dossiers de chaises dessinées par Wright. La présence sur le dessin des fenêtres de la salle n'a rien d'innocent : dans la logique "organique" que Wright développe en architecture, le meuble doit s'adapter parfaitement à cette dernière.
Texte : Olivier Gabet