Exposition

Paul Signac (1863-1935)

Du 01 mars au 28 mai 2001
Paul Signac-Route de Gennevilliers
Paul Signac
Route de Gennevilliers, 1883
©photo musée d'Orsay / rmn-©RMN-Grand Palais/ DR/DR

Avec 81 peintures et 53 oeuvres sur papier, cette rétrospective propose la redécouverte d'un artiste longtemps resté dans l'ombre de Seurat et dont la dernière exposition monographique, présentée au Louvre en 1963, remonte donc à plus de 35 ans.

Paul Signac-Les deux cyprès. Opus 241 (Mistral)
Paul Signac
Les deux cyprès. Opus 241 (Mistral), 1893
©RMN-Grand Palais / DR/DR

La présentation, chronologique, retrace le parcours de Signac à travers quatre sections : "Impressionnisme", "Néo-impressionnisme", "Saint-Tropez" et "Ports et voyages", dans lesquels sont ménagés, pour quelques oeuvres particulièrement importantes (comme Un Dimanche, 1888-1890 et Au Temps d'Harmonie, 1893-1895), des dossiers regroupant les études préparatoires peintes et dessinées.

Paul Signac-Le Pont Royal (Paris). Inondations
Paul Signac
Le Pont Royal (Paris). Inondations, 1926
©RMN-Grand Palais / DR/DR

L'intérêt de Signac pour la peinture se manifeste très tôt : "Ma famille voulait faire de moi un architecte, mais je préférais dessiner sur les bords de la Seine que dans un atelier de l'École des Beaux-Arts". De 1881 date le premier tableau que nous conservons de lui. Pour se former, il fréquente les expositions et les galeries, étudie les œuvres de Manet, Monet et des Impressionnistes, en particulier de Guillaumin. Dans leur sillage, il réalise des œuvres énergiques où prime le plaisir de la matière: "çà consistait à empâter des rouges, des verts, des bleus et des jaunes, sans grand souci mais avec enthousiasme". Signac n'en réalise pas moins quelques compositions plus méditées comme La Route de Gennevilliers, 1883.

Paul Signac-Etude pour Un Dimanche : femme debout de dos devant une fenêtre
Paul Signac
Etude pour Un Dimanche : femme debout de dos devant une fenêtre
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / DR/DR

En 1884, à la première exposition du groupe des Artistes indépendants, Signac, qui participe lui-même à cette manifestation de protestation contre les exclusions du jury du Salon officiel, remarque Une Baignade, Asnières de Seurat, dont il devient l'ami.

Paul Signac-Première pensée pour Un Dimanche: petite étude de la femme
Paul Signac
Première pensée pour Un Dimanche: petite étude de la femme, 1888-1889
©RMN-Grand Palais / DR/DR

Grâce à Guillaumin et à Pissarro qui s'intéressent aux recherches de ces jeunes artistes, ils sont invités à exposer, en 1886, à ce qui sera la huitième et dernière exposition du groupe impressionniste: tandis que Seurat y montre Un Dimanche à la Grande Jatte, Signac, avec, parmi d'autres oeuvres, ses Gazomètres, Clichy confirme son adoption de la "méthode" divisionniste de Seurat, fondée sur l'observation des lois optiques du contraste simultané des couleurs, que leur ami, le critique Félix Fénéon, qualifiera bientôt de "néo-impressionniste".

Paul Signac-Saint-Briac. Les balises. Opus 210
Paul Signac
Saint-Briac. Les balises. Opus 210, 1890
©Collection particulière/DR

Plusieurs des amis de Signac –car l'homme est aussi très sociable et possède un solide réseau de relations- rejoindront le néo-impressionnisme : Charles Angrand, Albert Dubois-Pillet, Henri-Edmond Cross, et en Belgique, Théo van Rysselberghe.
Jusqu'à la mort de Seurat en 1891, Signac combine, comme son ami, des compositions à figures (La Salle à manger, Un Dimanche), des paysages et, marin passionné de voile, des marines peintes en Bretagne et dans le Midi exposés régulièrement aux Indépendants et aux XX, à Bruxelles.

Paul Signac-Concarneau. Calme du soir. Opus 220 (Allegro maestoso)
Paul Signac
Concarneau. Calme du soir. Opus 220 (Allegro maestoso), 1891
©DR/DR

En 1892, il découvre Saint-Tropez (il achètera sa maison, La Hune, en 1897). Là, sans rompre les liens avec la capitale, il trouve la sérénité nécessaire à son travail. Il peint des oeuvres de plus en plus colorées (Tartanes pavoisées, Les Cyprès) et de grandes compositions comme Au Temps d'Harmonie, révélatrices de son adhésion aux idées anarchistes.

Paul Signac-Etude pour Au Temps d'Harmonie : Saint-Tropez, la plage des Graniers
Paul Signac
Etude pour Au Temps d'Harmonie : Saint-Tropez, la plage des Graniers, 1894
©DR/DR

"Harmonie" devient alors l'un des maîtres- mots de l'artiste qui renonce à la peinture sur le motif, préférant rassembler des "notations", le plus souvent à l'aquarelle, à partir desquelles il travaille ensuite à l'atelier ; adoptant aussi des touches plus larges, Signac réaffirme son goût de la couleur pure, ce qui lui vaudra, autant que son célèbre traité D'Eugène Delacroix au néo-impressionnisme (1899), l'intérêt de Matisse et des Fauves.

Paul Signac-Le Pardon des Terre-neuvas. Saint-Malo
Paul Signac
Le Pardon des Terre-neuvas. Saint-Malo, 1928
©DR/DR

Sa production de peintures à l'huile ralentit considérablement, le peintre se consacrant essentiellement à l'aquarelle qui convient mieux à la vie nomade qu'il mène au cours de ces années. Alors que des marchands lui consacrent des expositions monographiques (1902,1904,1907), il a désormais une clientèle assurée d'amateurs et une position reconnue d'artiste influent notamment en tant que président à travers la présidence de la Société des Indépendants, titre qu'il conserve pratiquement sans interruption de 1909 à 1935, année de sa mort. Quant à ses pairs, ils lui reconnaissent le talent d'un grand coloriste comme en témoigne une lettre de 1905 de Cross à Van Rysselberghe : "J'éprouve toujours une émotion très peintre devant les toiles de Signac ; j'aime les regarder de tout près autant que de loin. Il y a là des jeux de teintes qui ravissent comme des heureux assemblages de gemmes et qui sont à lui seul."