Tournage du film de Jean Renoir "Une partie de campagne", Eli Lotar
Tournage du film de Jean Renoir "Une partie de campagne", Eli Lotar, Paris, Centre Pompidou - Musée national d'art moderne - Centre de création industrielle ©Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Jean-Pierre Marchand © Eli Lotar / DR
Exposition

Renoir père et fils. Peinture et cinéma.

Du 06 novembre 2018 au 27 janvier 2019
Anonyme-Jean Renoir dans l?RTMatelier de son père aux Collettes, Cagnes
Anonyme
Jean Renoir dans l?RTMatelier de son père aux Collettes, Cagnes, 1911
©UCLA Library Special Collections/DR

Immense cinéaste, Jean Renoir (1894-1979) était aussi le fils d'un immense peintre, Pierre-Auguste Renoir (1841-1919). A ce titre, ils occupent une place exceptionnelle, sans doute unique, dans l'histoire de l'art, qui suscite encore aujourd'hui fantasmes et interrogations.
Au terme de sa carrière, le cinéaste de La Grande Illusion (1937), de La Règle du jeu (1939) ou encore de Partie de campagne (1936-46) confiait : "J'ai passé ma vie à tenter de déterminer l'influence de mon père sur moi". Conscient d'avoir toujours entretenu des relations ambivalentes avec l'héritage paternel, il précisait être passé "par des périodes où, dit-il, je faisais tout pour échapper à cette influence à d'autres où je me gavais de formules que je croyais tenir de lui".
Ainsi, père et fils ont tous deux créé des scènes en apparence spontanées, dont le naturel masque en réalité un travail de préparation et un contrôle minutieux des étapes du processus créatif.
Ils ont fini par incarner une certaine tradition française. Tous deux ont choisi pour travailler de s'entourer de figures féminines protectrices (Aline Charigot, Gabrielle Renard, Dido Freire) et d'un cercle de collaborateurs, parents et amis.
Pierre-Auguste et Jean ont partagé des modèles (Gabrielle, Andrée Heuschling), des lieux (Cagnes, Montmartre), une époque (la représentation de la fin du XIXe siècle) ou encore des motifs (la femme et l'enfant, l'eau, les spectacles, la danse, la balançoire).

Attribué à Walther Halvorsen-Pierre-Auguste Renoir et Andrée Heuschling dans l?RTMatelier de Renoir aux Collettes, Cagnes
Attribué à Walther Halvorsen
Pierre-Auguste Renoir et Andrée Heuschling dans l?RTMatelier de Renoir aux Collettes, Cagnes, 11 mars 1918
©DR/DR

Cependant, Jean pouvait également faire appel à l'œuvre de son père pour mieux détourner les attentes, exploitant inlassablement les possibilités nouvelles de l'image animée.
Cette exposition explore des points de contact entre les deux artistes, entre peinture et cinéma. Il ne s'agit pas tant de placer le réalisateur sous influence et de réduire ses films à des jeux de transpositions ou de références. Il s'agit plutôt de demander quelle est la part, entre hommage et résistance, de l'héritage paternel et de sa connaissance intime de la peinture dans son parcours de cinéaste, sans oublier que Jean a su mettre en scène cette filiation.
Au fil d'une approche mêlant tableaux, films, dessins, manuscrits, costumes, affiches, maquettes, parfois présentés pour la première fois en France, se dessinent une "sensibilité commune" entre les deux artistes, une grâce, qui ne cessent d'opérer à la contemplation des peintures du père et des films du fils.

Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)-La Seine à Champrosay
Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)
La Seine à Champrosay, 1876
©Musée d?RTMOrsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Partie de campagne
Avec son sens de la nature et du plein air, ses scènes de canotage, une scène fameuse où Sylvia Bataille fait de la balançoire, Partie de campagne est certainement le film de Jean où il semble afficher ses liens avec la peinture de son père.
Tourné à l'été 1936, le film réunit des familiers du cinéaste : le directeur de la photographie n'est autre que son neveu Claude, son propre fils Alain apparaît à plusieurs reprises dans le film, ainsi que Marguerite Houllé, sa compagne, qui en assure le montage.
Jean adapte une nouvelle de Guy de Maupassant, Une partie de campagne (1881), contemporaine des canotiers et parties de campagnes peints par Pierre-Auguste.
L'écrivain et le peintre se connaissaient. Maupassant relate l'histoire d'une famille de Parisiens venue passer un dimanche à la campagne. Mère et fille vont se laisser séduire par deux canotiers.
Jean, qui a fait l'acquisition d'une maison à Marlotte en 1922, installe sa caméra non loin, sur les bords du Loing. Son père a fréquenté les environs, l'ami Alfred Sisley y a travaillé de nombreuses années.

Pierre-Auguste Renoir-La balançoire
Pierre-Auguste Renoir
La balançoire, 1876
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Comme dans les paysages impressionnistes, le film capture les effets fugaces de la lumière, du vent faisant se mouvoir les nuages, plier les joncs ou rider la surface de l'eau. "Est-ce que tu sentais une espèce de tendresse pour l'herbe, pour l'eau, pour les arbres ?" demande à sa mère la jeune Henriette, dont l'émotion évoque la célébration panthéiste du paysage chez le peintre et le cinéaste.
Partie de campagne n'a cependant rien d'un tableau vivant. Le film ne fait pas de Jean Renoir un cinéaste "impressionniste", de plein air (il privilégia les tournages en studio).
Déployant et expérimentant toutes les ressources qu'offre cet art encore jeune (plans, montage, musique), le réalisateur s'émancipe de ses modèles picturaux et littéraires pour raconter, à sa manière, avec une apparente désinvolture et une profonde sensibilité "l'histoire d'un amour déçu".

Sanford Roth-Jean Renoir
Sanford Roth
Jean Renoir, Vers 1946-1962
©Museums Associates / LACMA/DR

La création en héritage
A la mort de Pierre-Auguste Renoir en décembre 1919, Jean et ses deux frères héritent chacun de plusieurs centaines d'œuvres.
Si Jean vend la quasi-totalité de son héritage pour financer ses premiers films, il ne joue pas moins un rôle important dans la diffusion et la reconnaissance de l'œuvre tardive de Renoir.
Jean et ses frères font don au Louvre des Baigneuses, considérées comme le testament artistique du peintre. A partir des années 1940, Jean, désormais installé aux États-Unis, rachète progressivement tableaux et sculptures de son père qu'il installe dans sa villa de Beverly Hills.
Une manière de reformer autour de lui l'environnement familier de son enfance.
Jean grandit entouré d'artistes et d'amateurs d'art. Son parrain était Georges Durand-Ruel, fils du marchand de son père ; et parmi ses amis les plus proches se trouvent les fils de deux intimes de Pierre-Auguste, Paul Cézanne fils et le scénariste et acteur Pierre Lestringuez.
Tous deux travaillent sur un des premiers films de Jean, La Fille de l'eau (1925), tout comme le peintre André Derain, qui y tient le rôle de l'aubergiste.

Jean Renoir-Vase
Jean Renoir
Vase, 1919-1922
©2018 The Barnes Foundation/DR

A l'exemple de son père, mais dans des circonstances différentes, Jean débute sa carrière artistique avec la céramique. Pierre-Auguste, qui avait commencé comme peintre sur porcelaine, tiendra toute sa vie en haute estime l'artisanat au point de se présenter comme un "ouvrier de la peinture".
Il installe dans sa propriété de Cagnes un four de potier afin que ses deux fils Jean et Claude "fassent quelque chose de leurs mains". Entre 1919 et 1924 environ, Jean crée, expose et vend des pièces aux formes simples et aux couleurs vives. Jean comparera plus tard la céramique et le cinéma, deux formes d'expression artistique où le hasard fait partie du processus créatif.

Pierre-Auguste Renoir-Gabrielle et Jean
Pierre-Auguste Renoir
Gabrielle et Jean, 1895
©RMN-Grand Palais (Musée de l'Orangerie) / Hervé Lewandowski/DR

Portraits et modèles
Le dialogue artistique entre Pierre-Auguste et Jean ne débute-t-il pas lorsque le fils, âgé d'à peine un an, commence à poser dans l'atelier du père ? Entre 1895 et 1910, Jean, d'abord avec sa nourrice Gabrielle Renard, puis seul, lui inspire une soixantaine de peintures, dessins et pastels.
Jean est ainsi le témoin privilégié du travail artistique. Il en soulignera ensuite toujours l'exigence et la difficulté. Adulte, Jean aime à faire revivre dans ses écrits ou auprès de ses interlocuteurs le souvenir de ces séances de pose.
A son tour, Jean fait le portrait de son père dans sa biographie Renoir par Jean Renoir publiée en 1962. Comme son père avec ses tableaux, pastels et dessins inspirés de son fils, Jean livre une véritable œuvre qui dépasse de loin le simple portrait, par son sens du récit et de l'invention.
Comme Jean l'écrit lui-même, il ne prétend pas faire œuvre d'historien. C'est une évocation pleine de verve et de vie d'une époque disparue, un "ciné-livre qui évoque un temps d'avant l'invention du cinéma", comme l'a souligné Serge Toubiana, mais aussi, à bien des égards, un autoportrait.
Rédigé en grande partie au milieu des années 1950, après que Jean a rencontré des difficultés à réaliser ses films et au moment où il fait son retour en France, avec French Cancan et Elena et les hommes, ce livre occupe une place centrale dans son œuvre.
Initié en 1942, à son arrivée aux États-Unis, ce projet de vingt ans n'aurait probablement pas abouti sans la collaboration de Gabrielle Renard, gardienne de la mémoire familiale et que Jean considère comme sa seconde mère. A la demande du cinéaste, elle s'installe avec sa famille à Los Angeles en 1941.
Jusqu'à sa mort, en 1959, elle veille sur Jean et partage avec lui ses précieux souvenirs.

Pierre-Auguste Renoir-Les baigneuses
Pierre-Auguste Renoir
Les baigneuses, Vers 1918-1919
©RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski/DR

Un modèle en commun
Dernier modèle du père et première femme du fils, Andrée Heuschling (1900-1979) occupe une place singulière dans le dialogue artistique que nouent Renoir père et fils.
La rencontre entre la jeune fille et Pierre-Auguste est vraisemblablement à situer en 1915. Andrée travaille comme modèle à l'Ecole d'art décoratif de Nice et Renoir réside une partie de l'année à Nice et, non loin, dans sa maison de Cagnes.
L'artiste traverse alors une période difficile, fragilisé par la mort de sa femme, la guerre, l'éloignement de ses deux fils blessés au combat, et la maladie. "Dédée", comme on la surnomme alors, devient l'un de ses modèles favoris et lui inspire certains de ses derniers chefs-d'œuvre, comme Les Baigneuses (1918-1919).
En janvier 1920, quelques semaines après la mort du peintre, Jean épouse la jeune femme. "Je n'ai mis le pied dans le cinéma que pour faire de ma femme une vedette", dira-t-il.

Catherine Hessling
Catherine Hessling, 1926
©La Cinémathèque française/DR

Pourtant, passionnés tous deux par le cinéma américain contemporain, c'est bien ensemble que les époux se lancent dans l'aventure cinématographique en 1924 avec le tournage du film Catherine. Dans ce premier long métrage réalisé par Jean, Andrée assume le rôle-titre.
Désormais connue sous le nom de scène de Catherine Hessling, l'actrice inspire au réalisateur quatre autres films, dont La Fille de l'eau (1924-1925) et Nana (1926). Le visage exagérément maquillé et le jeu quasi expressionniste de Catherine dans ce film lui valent de nombreuses critiques.
L'actrice n'est pas seulement une muse, elle est une véritable collaboratrice artistique dans ces premiers films muets marqués par sa personnalité, comme en témoigne la liberté fascinante de Sur un air de Charleston.
En 1931, Jean l'écarte de son nouveau projet, La Chienne, et les deux époux se séparent.

Jean Renoir-French Cancan
Jean Renoir
French Cancan, 1954
©Gaumont/DR

Lieux partagés : Paris
Après huit films réalisés pour des studios hollywoodiens, Jean revient tourner en France pendant presque trois ans, entre 1953 et 1956.
On lui commande l'écriture et la réalisation de deux films dont l'action se situe dans le Paris des années 1880 et de la Belle Epoque, French Cancan (1955) puis Elena et les hommes (1956).
Pour Jean, qui n'a pas tourné en France depuis quinze ans, cet heureux retour prend la forme d'une évocation nostalgique du Paris des impressionnistes et d'un hommage au Montmartre fin-de-siècle, qui le vit naître.
La famille Renoir s'était en effet installée en 1889 au "château des Brouillards", rue Girardon. Montmartre, ses ruelles, ses habitants et ses "castes" qui se côtoient sans se mêler, selon les mots de Jean, apparaissent comme l'un des thèmes majeurs de French Cancan.
Si Jean s'inspire de l'esprit des peintures de son père, et notamment du Bal du Moulin de la Galette (1876), pour les scènes de bal des deux films, leur esthétique puise dans une culture visuelle plus large.
Dans French Cancan, des affiches de Jules Chéret apparaissent au générique et en arrière-plan de plusieurs scènes et la séquence finale d'inauguration du Moulin Rouge avec son frénétique cancan, point d'orgue du film, est un vibrant hommage à Henri de Toulouse-Lautrec.
Avec ses multiples figures d'artistes, ses stars montantes (Nini) ou déchues (Prunelle), celle de l'entrepreneur de spectacle, Danglard, et son joyeux esprit de troupe, French Cancan est surtout, selon Jean, "un hommage à notre métier, j'entends le métier du spectacle", et au caractère collectif de la création cinématographique.
Cette définition de l'art comme un métier, qui valorise la maîtrise d'un savoir-faire, fait écho à celle de Pierre-Auguste qui préférait se définir comme un artisan, jugeant le terme d'artiste emphatique.

François Florit-Affiche pour le film de Jean Renoir Nana
François Florit
Affiche pour le film de Jean Renoir Nana, 1926
©La Cinémathèque française/DR

Adapter Flaubert, Zola, Mirbeau
Jean aimait à dire qu'il était un homme du XIXe siècle. Il jugeait aussi la période particulièrement cinématographique.
Si les adaptations des grands romans du XIXe siècle sont courantes dans le cinéma français dès le début du XXe siècle, elles prennent peut-être un sens particulier pour Jean Renoir.
Il adapte à l'écran plusieurs monuments de la littérature française du XIXe siècle, Mérimée, Andersen, mais aussi Madame Bovary de Gustave Flaubert, Nana et La Bête humaine d'Émile Zola, Une partie de campagne de Guy de Maupassant et Le Journal d'une femme de chambre d'Octave Mirbeau.
Certains, comme Maupassant, Zola et Mirbeau, ont connu son père et ont défendu son œuvre.
Dans le cas de Zola, le père comme le fils ont mis ses romans en image. Pour cette adaptation, Jean déclara pendant le tournage avoir consulté les œuvres de son père, non pas tant pour en tirer des motifs, mais pour nourrir sa direction d'acteurs.
Plus largement, le travail sur ces romanciers naturalistes lui permet de s'interroger, à la suite de son père, sur la question du réalisme.

Lieux partagés : Cagnes
Avec Le Déjeuner sur l'herbe, comédie tournée à l'été 1959, Jean poursuit son travail de mémoire. Ce film en Technicolor, l'un des derniers réalisés par le cinéaste, raconte l'histoire de la rencontre du scientifique Etienne Alexis, spécialiste de l'insémination artificielle, avec Nénette, jeune fille de la campagne.
A son contact et à la faveur de manifestations dionysiaques, le savant se laisse aller à l'amour.
Redonnant vie à ses souvenirs, Jean tourne au domaine familiale des Collettes, à Cagnes, et réalise les trois quarts du film en extérieur. Dans une longue séquence, il multiplie les plans sur les oliviers centenaires aimés et peints par son père.

Pierre-Auguste Renoir-Chemin montant dans les hautes herbes
Pierre-Auguste Renoir
Chemin montant dans les hautes herbes, 1875
©Musée d?RTMOrsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

Nénette, vêtue de blanc et de rouge, brune et sensuelle, évoque Gabrielle et les couleurs des figures qui peuplent les paysages cagnois de Pierre-Auguste.
La célébration de la nature et des mythes méditerranéens face au progrès scientifique et technique constitue aussi un point commun avec l'hédonisme des derniers tableaux de Renoir.
Si le retour sur les lieux de l'enfance est pour Jean "comme un bain de pureté et d'optimisme", il lui révèle également la distance qui sépare désormais ses souvenirs de la réalité.
Renoir ne tournera plus en France et passera les vingt dernières années de sa vie aux Etats-Unis : "Pour notre paix spirituelle, nous devons essayer d'échapper à la magie des souvenirs. Notre salut, c'est de plonger résolument dans l'enfer du monde nouveau".

Affiche du film Le Fleuve
Affiche du film Le Fleuve
©DR/DR

Le Fleuve
Tourné à Kolkata (Calcutta), en Inde, entre décembre 1949 et avril 1950, The River (Le Fleuve) est l'un des films les plus personnels, novateurs et influents de Jean Renoir.
Âgé d'une cinquantaine d'années, insatisfait de sa carrière hollywoodienne, il se lance un défi : réaliser son premier film en couleurs à l'autre bout du monde, là où aucun autre réalisateur n'a été.
Le scénario est une adaptation d'un roman de l'écrivaine Rumer Godden et met en scène la jeune Harriet, adolescente anglaise expatriée, et sa famille. Si Jean a décrit ce film comme "un morceau de la vie d'un groupe humain", les références autobiographiques abondent.
Ainsi le marin John, comme Jean, a été blessé à la jambe au combat, et le thème de l'harmonie familiale n'est pas sans rappeler certaines peintures de Pierre-Auguste. Le motif du fleuve, la balançoire, l'éveil du désir chez la jeune fille, nous ramènent aussi aux sujets abordés dans Partie de campagne.
Enfin, la beauté des couleurs, qui éclipsent parfois le récit, très fragmenté, appelle également la comparaison avec certains tableaux tardifs de Pierre-Auguste et avec la peinture qu'il aime depuis les années 1920.
Au Bengale, Jean trouve les accords de couleurs pures et simples qui selon lui conviennent au cinéma : "Les couleurs n'y sont pas vives tout en n'étant pas mélangées. Leur légèreté fait penser à Marie Laurencin, à Dufy, et j'ose l'ajouter, à Matisse".
Paradoxalement, c'est peut-être par la découverte de la culture indienne et la contemplation des eaux du Gange, que Jean se rapproche au plus près de son père et de sa philosophie de l'existence : "Il faut se laisser aller dans la vie comme un bouchon dans le courant d'un ruisseau", disait Pierre-Auguste.
A la fois émerveillé par le spectacle de la nature et désenchanté de la condition humaine, Jean fait sienne sa pensée : "Il y a une force à laquelle j'aime à sacrifier dans mes films et à laquelle je crois beaucoup, c'est la fatalité. Je crois très sincèrement qu'on ne remonte pas le courant, que nous sommes pris dans une espère de rivière qui nous pousse, et que les hommes ne sont pas ou méchants ou bons ou traîtres ou pas traîtres, simplement ils sont les jouets d'une espèce de destinée".