Exposition

Saint-Gobain (1665-1937) : une entreprise devant l'Histoire

Du 07 mars au 04 juin 2006
Lettres patentes créant la Manufacture royale de glaces et de miroirs, signature autographe de Louis XIV, contre-signature de Guénegaud, du chancelier d'Aligre et de Colbert
Lettres patentes créant la Manufacture royale de glaces et de miroirs, signature autographe de Louis XIV, contre-signature de Guénegaud, du chancelier d'Aligre et de Colbert, Octobre 1665
©Archives Saint-Gobain/DR

"On commença dès 1666 à faire d'aussi belles glaces qu'à Venise qui en avait fourni toute l'Europe et bientôt on en fit dont la grandeur et la beauté n'ont jamais pu être imitées ailleurs"
Voltaire, Le siècle de Louis XIV
Dans le désir de supplanter les productions vénitiennes, omniprésentes en Europe, Colbert fonde en 1665 la Manufacture des Glaces de miroirs, partagée entre cinq associés et installée à Paris, Faubourg Saint-Antoine. C'est grâce à l'arrivée dans l'affaire de Richard Lucas de Nehou, propriétaire d'une glacerie à Tourlaville, dans le Cotentin, que la manufacture prend son essor industriel.

Anonyme-Coulée d'une glace à Saint-Gobain en présence du directeur Pierre Delaunay- Deslandes
Anonyme
Coulée d'une glace à Saint-Gobain en présence du directeur Pierre Delaunay- Deslandes, Vers 1780
©Collection Saint-Gobain/DR

Les glaces sont soufflées à Tourlaville et transportées brutes à Paris où elles sont alors polies.
Dès 1672, Colbert promulgue un arrêt interdisant l'importation des glaces vénitiennes, ce qui prouve la qualité des productions françaises. Malgré diverses péripéties, en particulier la création d'une compagnie concurrente, l'entreprise bénéficie de la mise au point, dans l'usine de Saint-Gobain, créée en 1693 à cet effet, de la technique du coulage du verre sur table de métal, ce qui permet la fabrication de glaces de grandes dimensions.

Jean-Marc Nattier-Portrait de Madame Geoffrin
Jean-Marc Nattier
Portrait de Madame Geoffrin, 1738
©Fuji Art Museum/DR

Le rachat, en 1702, par un groupe de banquiers franco-genevois, va permettre d'insuffler un véritable esprit de gestion et de direction capable d'assurer les conditions du développement de la Manufacture. Au milieu du XVIIIe siècle une alliance se noue, parmi les associés français, avec Madame Geoffrin - dont le célèbre salon accueillait toute l'Europe de la politique, des arts et des lettres - et sa fille, propriétaires de 13% du capital de la société, hérités d'un mari et d'un père ancien caissier de l'entreprise.

Jean-Luis-Joseph Hoyer-Atelier de polissage des glaces dans la maison de travail à Soissons
Jean-Luis-Joseph Hoyer
Atelier de polissage des glaces dans la maison de travail à Soissons, Vers 1780-1785
©Musée de Soissons, Michel Minetto/DR

Après l'épisode révolutionnaire et l'Empire qui voient les dirigeants opérer de nécessaires mutations, le début du XIXème siècle connaît un essor vigoureux de la concurrence, en France, en Grande-Bretagne comme en Belgique, qui conduit Saint-Gobain à élaborer une politique d'extension et de rationalisation du travail, en diversifiant les sites d'exploitation. La présence de présidents à la forte personnalité, comme Antoine-Pierre Hély d'Oissel ou Albert de Broglie, de directeurs ingénieurs et centraliens comme les frères Biver ou Lucien Delloye, donne une véritable impulsion technique, financière et commerciale, à une politique de fusion et de développement à l'étranger.

Anonyme-Transport d'une grande glace destinée à l'Exposition universelle de 1878
Anonyme
Transport d'une grande glace destinée à l'Exposition universelle de 1878, 1878
©Archives Saint-Gobain/DR

Après 1848, s'ouvre "l'âge d'or" de l'industrie des glaces, avec de nombreuses commandes privées, et la mise en route de très grands chantiers liés aux nouvelles conditions de vie : développement des gares, bibliothèques, musées, galeries, grands magasins, auxquels répond la judicieuse décision de Saint-Gobain d'élargir sa gamme de glaces. La petite glace mince laminée va donc habiller les serres du jardin des plantes, les halles de Baltard, la gare de Milan, sans compter les formidables réalisations verrières des Expositions universelles : galerie des machines de l'Exposition de 1889, Grand Palais en 1900, palais lumineux, palais des illusions. Saint-Gobain est, à la veille du premier conflit mondial, présent en Allemagne, Italie, Belgique, Hollande, Espagne, Bohême et à New York.

Thomas Abel Prior-La reine Victoria inaugurant l'Exposition universelle de 1851, au Crystal Palace de Londres
Thomas Abel Prior
La reine Victoria inaugurant l'Exposition universelle de 1851, au Crystal Palace de Londres, 1851
©Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt/DR

La guerre ouvre une période d'incertitudes, durant laquelle les commandes stagnent tandis que les innovations techniques s'affirment. Les années 1920 voient l'arrivée des vitrages automobiles de sécurité, trempés ou feuilletés, tel ce fameux Triplex qui sauve la vie de Clemenceau et de son chauffeur en 1919.
A partir de 1919, s'opère le renouveau du verre creux, bouteilles et flaconnages, domaine dans lequel Saint-Gobain reste aujourd'hui le premier producteur mondial.

Deux modèles de Radiaver-
Deux modèles de Radiaver
©Collection Saint-Gobain/DR

L'éblouissant pavillon de l'Exposition internationale de 1937 à Paris apparaît comme un résumé du savoir-faire et des progrès techniques décisifs que Saint-Gobain vient d'obtenir : trempe du verre (marches de l'escalier), bombage des glaces.
Entièrement conçu à base de produits verriers, accompagné de l'extraordinaire mobilier de verre de René Coulon, ce pavillon est le plus innovant et le plus visité de l'exposition.

Jacques Adnet-Exposition internationale des arts et techniques de Paris, 1937, perspective (premier projet) pour le pavillon de Saint-Gobain
Jacques Adnet
Exposition internationale des arts et techniques de Paris, 1937, perspective (premier projet) pour le pavillon de Saint-Gobain, 4 mai 1936
©ADAGP, Paris © Laurent Sully Jaulmes/DR

La richesse des archives de l'entreprise, l'étendue de son histoire, l'intérêt de ses réalisations qui ont toujours passionné les artistes, peintres, sculpteurs, architectes, comme les artisans, permettra de présenter des objets de toute nature : portrait médaillon de Louis XIV, en verre coulé et biseauté datant de 1685, grands portraits d'administrateurs (Madame Geoffrin par Nattier), événements majeurs comme La Visite de la duchesse de Berry ; gestes et innovations techniques ( sanguines du XVIIIème siècle illustrant la coulée, maquettes, plans et aquarelles se rapportant aux inventions introduites par l'entreprise), objets emblématiques comme l'étonnant groupe de verre filé, Le combat du lion et du serpent, conservé au Musée des techniques et de la Culture Scientifique. Aquarelles et lavis, dessins d'architecture photographies, retracent l'évolution de la firme et de ses filiales comme de ses divers sièges sociaux à Paris. Les réalisations et les productions de cette entreprise unique, conduisent à parcourir trois cents ans d'activité, depuis la galerie des glaces de Versailles, jusqu'aux briques Nevada de la fameuse "maison de verre" (1928-1931), conçue par Pierre Chareau.