Architecture

L'architecture s'expose

L’une des originalités du musée d’Orsay, par rapport au modèle traditionnel des musées des Beaux-Arts, tient à la présence des collections d’architecture au sein de ses espaces d’exposition permanente. 

 

Ce choix s’accorde à l’importance du bâtiment même qui abrite le musée, et qui lui a donné son nom : l’ancienne gare d’Orsay témoigne en effet des évolutions que l’architecture a connues dans la seconde moitié du XIXe siècle. Construite à partir de 1898 et inaugurée pour l’Exposition universelle de 1900, elle est l’œuvre de Victor Laloux (1850-1937), prix de Rome en 1878, qui fut le professeur de plusieurs générations d’architectes au sein de l’Ecole des Beaux-Arts. Il parvint à articuler élégamment une inspiration puisée dans l’Antiquité romaine (la gigantesque voûte à caissons a pour modèle celle des Thermes de Caracalla), un goût affirmé pour les éléments décoratifs dérivés des styles des XVIIe et XVIIIe siècles (grâce à l’atelier de l’ornemaniste Florian Kulikowski) et les techniques les plus modernes (la structure métallique qui donne à l’ensemble sa légèreté, l’électricité employée pour l’éclairage et les locomotives, les tapis et escaliers roulants etc.). Il en résulta un chef-d’œuvre d’architecture éclectique, qui fit dire au peintre Edouard Detaille, en 1900 : « La gare est superbe et a l'air d'un Palais des Beaux-Arts... ».

 

Dès la préfiguration du musée, au début des années 80, la collection d’architecture fit l’objet d’une importante politique d’acquisition, et d’une réflexion sur la manière dont cette discipline pouvait trouver sa place dans les salles, au même titre que la peinture, la sculpture, les arts décoratifs, les arts graphiques et la photographie. La solution retenue associait initialement un espace d’accrochage temporaire de dessins d’architecture à un espace constitué d’une tour présentant des maquettes en deux dimensions (conçues à partir des gravures d’édifices représentatifs issues de revues d’architecture d’époque), de maquettes traditionnelles et enfin d’une importante section consacrée au Nouvel Opéra de Charles Garnier, le tout mis en scène par Richard Peduzzi. Une grande maquette du quartier, créée par Rémi Munier, permet d’évoquer l’implantation de l’Opéra dans son environnement urbain, marqué par les transformations de la ville dues à Haussmann et à ses successeurs, tandis que le Nouvel Opéra, joyau de l’architecture du Second Empire, est explicité par une magistrale maquette de la coupe longitudinale du bâtiment, créée par l’atelier Gianese de Rome.

 

Ce parti pris de présentation doté d’une forte identité scénographique a perduré jusqu’en 2007, quand les maquettes de la tour d’architecture du pavillon amont furent démontées. Puis les espaces ont été réaménagés petit à petit, sans que soit adopté un nouveau parti d’ensemble. Une seconde transformation d’envergure de ces espaces est désormais en cours avec un redéploiement des collections liées à l’architecture autour de la thématique de la transformation de Paris, capitale d’une nation moderne. Des thèmes propres à l’évolution de Paris au XIXe siècle – touchant en réalité de façon universelle les grandes capitales européennes ainsi que les grandes villes de France – sont abordés de manière pluridisciplinaire : le Paris social et bâtisseur, le Paris des glorifications architecturales et de la restauration du patrimoine après la Commune, le Paris industriel, le regard pittoresque sur la capitale, mais aussi le Paris du spectacle à travers le Nouvel Opéra. Des accrochages temporaires de dessins d’architecture et de photographies permettent d’approfondir les thèmes liés à la transformation de la ville tels que les expositions universelles, les nouvelles typologies de bâtiments (hôpitaux, écoles, gares…), l’architecture religieuse, les monuments historiques et la restauration, les hôtels urbains et les villas, l’art des jardins, etc.

 

La collection de dessins d’architecture

Les collections de dessins d’architecture et d’arts décoratifs se trouvent au carrefour de deux domaines artistiques dans le musée, car de nombreux architectes ont aussi une activité de décorateur. La notion d’œuvre d’art totale prend tout son sens avec Viollet-le-Duc, notamment au château de Pierrefonds, mais connaît une expansion sans précédent à la fin du XIXe siècle avec l’Art nouveau. C’est ainsi que les collections dédiées à l’architecture et aux arts décoratifs sont intimement liées et conservées à ce titre dans les mêmes locaux, le cabinet d’arts graphiques et de photographie (CAGP ; consultation des œuvres sur rendez-vous). 

 

L’origine des collections remonte aux dessins d’architecture conservés autrefois au musée du Louvre et qui provenaient de dons de familles d’artistes. Ils portent le préfixe RF dans leur numéro d’inventaire, contrairement aux dessins d’architecture acquis par le musée d’Orsay, inventoriés en ARO. Nous conservons ainsi les exceptionnels dessins de Jacques-Ignace Hittorff (1792-1867), de Jean-Baptiste Lassus (1807-1857) ou encore d’Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879). 

, Lassus, Jean-Baptiste
, Lassus, Jean-Baptiste, musée d'Orsay / DR

 

Durant la préfiguration du musée d’Orsay, les conservateurs obtinrent des dons très importants de descendants de familles d’architectes et d’ingénieurs, notamment le fonds de l’éminent architecte de la Ville de Paris Marcellin Varcollier (1829-1895), en 1980, ou le fonds Gustave Eiffel (1832-1923) en 1981. Cette tradition d’acquisition auprès des familles a perduré jusqu’à nos jours avec la très belle acquisition du fonds Baltard en 2015. La particularité de ces vastes fonds d’architecture est de conserver aussi des photographies, des médailles, des archives qui nous renseignent sur la vie de l’architecte, sur ses réalisations ainsi que sur ses réseaux professionnels.

, Eiffel, Gustave
, Eiffel, Gustave, musée d'Orsay ©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

 

Les dessins d’architecture possèdent différents types de statut, ce qui explique la grande diversité des feuilles conservées au musée.

, Hector Guimard, Guimard, Hector
, Hector Guimard, Guimard, Hector, musée d'Orsay ©RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Tony Querrec

Cela va du dessin technique, à grandeur d’exécution parfois – comme les dessins du fonds Hector Guimard (1867-1942) dépassant les 3 m de longueur –, au dessin d’artiste – comme ceux du fonds François Garas (1866-1925), qui comprend des pastels –, en passant par les « beaux dessins », destinés à être montrés au Salon ou lors de concours et faisant l’objet d’une attention plastique de la part de l’artiste, et les albums – comme ceux du fonds Victor Ruprich-Robert (1820-1887) – ou encore les croquis sur carnet – comme dans le fonds Charles Le Cœur (1830-1906) ou dans les notes de cours d’Eugène Grasset (1845-1917) constitués de douze volumes. Certains fonds comprennent aussi des œuvres de la main d’un des proches de l’artiste comme dans le fonds Louis Boitte (1830-1906) avec Alice et Zélia Boitte

, Le Coeur, Charles-Justin
, Le Coeur, Charles-Justin, musée d'Orsay ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

 

La politique d’acquisition permet également d’acquérir des œuvres uniques et singulières,  particulièrement marquantes par leur sujet comme l’aquarelle Projet pour la porte monumentale de l'atelier de Winnaretta Singer, princesse de Scey-Montbéliard par Eugène Grasset, commande du sculpteur Jean Carriès (1855-1894), acquise en 2018,

, Grasset, Eugène|Carriès, Jean
, Grasset, Eugène|Carriès, Jean, musée d'Orsay ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

ou le dessin à l’encre Réduction du Temple de marbre, vue à vol d’oiseau de Louis Godineau de la Bretonnerie (1810-1877), projet utopiste du Docteur Noir, acquis en 2020. Elle permit d’acquérir en 2019 deux dessins exceptionnels attribués à Gabriel Davioud (1824-1881), grand architecte de la période d’Haussmann. Ce « Projet pour un cirque, élévation et coupe longitudinale », proche du sujet de l’Orphéon cher à l’architecte, vient ainsi compléter l’important fonds de dessins d’architecture consacrés aux lieux de spectacle sous le Second Empire et la troisième République.

, Godineau de la Bretonnerie, Louis
, Godineau de la Bretonnerie, Louis, musée d'Orsay ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

 

Les courants de l’Art nouveau et de la Sécession sont représentés par des acquisitions phares, comme le fonds Guimard, entré au musée en 1992 grâce à la vigilance d’une association ,ainsi que le fonds consacré aux élève d’Otto Wagner,  Emil Hoppe (1876-1957),  Marcel Kammerer (1878-1959) et Otto Schöntal (1878-1961) acquis en 1997. Les fonds Emile Gallé (1846-1904) et René Lalique (1860-1945) constituent quant à eux des fonds déterminants et prestigieux pour les collections de dessins d’arts décoratifs du musée. 

 

Enfin, les dons exceptionnels et sans lien avec les familles d’architectes sont aussi une possibilité d’accroissement des fonds. En 2013, Neil Levine, historien de l’architecture et professeur à l’Université d’Harvard, a offert au musée sa collection de dessins d’architecture représentative de ses recherches sur l’architecture en France au XIXe siècle, à travers de grands noms tels que Hittorff, Duban ou Lassus mais aussi des architectes moins connus ayant importé l’enseignement de l’architecture à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris aux Etats-Unis. 

A Pompeia (détail), Duban, Félix
A Pompeia (détail), Duban, Félix, musée d'Orsay ©Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

 

La collection de dessins d’architecture du musée d’Orsay permet la connaissance de l’histoire de l’architecture en Europe au XIXe siècle à travers les monuments et l’urbanisme de Paris, l’enseignement de l’Ecole des Beaux-Arts sur l’ensemble du territoire français ainsi qu’au-delà, les Expositions universelles, la carrière des architectes, les décors intérieurs et extérieurs, les programmes architecturaux en rapport avec la politique sociale, les politiques de restauration. Elle favorise aussi la compréhension du processus de création de l’architecte qui reste parfois un lanceur d’idées ou un artiste-poète soucieux du bien-être de la personne.