Angélique et Roger montés sur l'hippogriffe

Antoine-Louis Barye
Angélique et Roger montés sur l'hippogriffe
en 1855
groupe sculpté : bronze doré, argenté et émaillé, marbre-onyx
H. 59,0 ; L. 67,0 ; P. 37,0 cm.
© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Michèle Bellot
Antoine-Louis Barye (1795 - 1875)

Parmi les sculpteurs du XIXe siècle, Barye est indéniablement l'un de ceux auxquels on doit les plus beaux modèles de bronzes d'ornement. Ses talents de décorateur se manifestent surtout dans les imposantes garnitures de cheminée qu'il réalise entre 1844 et 1858.
C'est à la demande du duc de Montpensier, fils puîné du roi Louis-Philippe, que Barye aurait composé, vers 1844, une première garniture inspirée d'un thème littéraire très en vogue, tiré de l'Orlando Furioso de l'Arioste. Barye représente "la belle reine de Cathai, cette capricieuse Angélique, cette froide amante de Roland que Roger vient de soustraire à la mort, qui va traverser les airs sur l'hippogriffe, soutenue et pressée dans les bras de l'amoureux chevalier".
Plus de dix ans plus tard, Barye reprend la même disposition pour cette garniture. L'introduction audacieuse de l'émail champlevé, de l'or mat ou bruni, de l'argent patiné donne à cet ensemble un caractère exceptionnel. Il est très éloigné de la production habituelle des bronzes à patines sombres qu'aimait Barye.
La disposition et la cuisson des émaux a nécessité une vraie collaboration artistique : l'intervention du statuaire Charles Cordier (1827-1905) est attestée. De fait, l'émail se déploie fièrement sur l'armure de Roger, sur la crinière, les ailes et la queue de l'hippogriffe, sur les écailles de l'orque.
Il faut voir dans cette garniture spectaculaire une incontestable réussite de l'union, tant recherchée au milieu du siècle, de l'Art et de l'Industrie. La collaboration artistique exemplaire préfigure les séries d'objets de décoration que les grandes firmes industrielles, telles que Barbedienne ou Christofle, développent dans les années 1860-1870, consacrant ainsi l'importance de la polychromie dans l'orfèvrerie du bronze.
Pour accompagner cette garniture, Barye réalise également une paire candélabres qui associent les Trois Grâces enlacées, des chimères et les déesses Junon, Minerve et Vénus.

Oeuvre non exposée en salle actuellement