Caïn

Fernand Cormon
Caïn
en 1880
huile sur toile
H. 400,0 ; L. 700,0 cm.
acquis de l'artiste par l'Etat,1880, Luxembourg 1881
© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Fernand Cormon (1845 - 1924)

Ce tableau illustre le destin funèbre de Caïn, fils aîné d'Adam et Eve, qui après le meurtre de son jeune frère Abel est condamné à fuir perpétuellement. Caïn, l'oeil hagard, conduit péniblement sa tribu. Ses fils portent un brancard de bois sur lequel se tiennent une femme effarée et ses enfants assoupis. Ils transportent des morceaux de viande sanglante. D'autres hommes les accompagnent, des chasseurs. L'un d'eux porte une jeune femme dans ses bras et quelques chiens ferment la marche. Les visages trahissent la crainte de la sentence de Jéhovah.
Cormon a allongé les ombres, comme si la lumière de la vérité poursuivait les coupables à travers la plaine dénudée. Il emploie des tons couleur terre, avec une touche vigoureuse, maçonnée comme celle de Courbet. L'artiste est soucieux d'exactitude anatomique : il fait poser dans son atelier un modèle vivant pour chaque figure.
Tableau d'histoire biblique, épopée grandiloquente, l'oeuvre est aussi une reconstitution anthropologique. Elle introduit un domaine inédit, celui de la préhistoire, alors même que l'on découvre des peintures rupestres paléolithiques. Faute de documents, Cormon spécule sur la vie en ces temps reculés, existence de barbares en lutte pour leur survie, allant pieds nus, les cheveux ébouriffés, la peau rugueuse. En sous-titre, les premiers vers de La Conscience, poème de Victor Hugo extrait de La Légende des siècles (1859) sont cités :
"Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes
Echevelé, livide au milieu des tempêtes
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah
Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva..."

Niveau médian, Salle 55