Eaux dormantes

Emile Gallé
Eaux dormantes
entre 1889 et 1890
pot couvert : cristal soufflé à plusieurs couches, fond maté, couche superficielle partiellement martelée, cassons de verres gravés, inclusions de parcelles métalliques (argent et mica), application à chaud de cabochons gravés, décor gravé et taillé
H. 24,0 ; L. 11,0 cm.
dation, 1995
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Emile Gallé (1846 - 1904)
Oeuvre non exposée en salle actuellement

La vie aquatique est un thème de prédilection chez Gallé, qui admire l'art d'Extrême-Orient et s'inspire ici de la céramique japonaise. Eaux dormantes est l'une des plus belles et des plus parfaites réalisations du maître verrier lorrain. Une technique complexe est mise en oeuvre pour évoquer l'atmosphère poétique d'un étang à la tombée de la nuit, jusqu'aux bulles d'air qui affleurent à la surface du verre comme à celle des eaux stagnantes. Une libellule et un phalène animent la nature immobile. Le pot à couvercle est en cristal soufflé puis gravé et enrichi d'inclusions de fragments de verre blanc et de parcelles d'argent.
Un quatrain de Victor Hugo, tiré du recueil Les rayons et les ombres de 1840, est gravé sous l'aile droite de la grande libellule et vient amplifier le plaisir des yeux par la vertu incantatoire des mots :
"La frissonnante libellule
Mire le globe de ses yeux
Dans l'étang splendide où pullule
Tout un monde mystérieux."
En 1890, Gallé offre sa création à un ami de longue date, Roger Marx. Ce fonctionnaire du ministère de l'Instruction publique et des Beaux-arts, également critique d'art ne cessa de soutenir Gallé et de défendre l'art "moderne", se montrant hostile à la séparation établie entre arts majeurs et arts mineurs. Ce combat trouve un aboutissement l'année suivante, lorsque Eaux dormantes figure au Salon de la Société nationale des Beaux-arts de 1891, premier salon officiel à admettre des objets décoratifs à côté de peintures et de sculptures.