Le Jour et la Nuit

Georges Rey
Fauteuil : Le Jour et la nuit
entre 1900 et 1906
fauteuil : érable et sycomore ; marqueterie de bois variés : amarante, bossé, bois de rose, ébène de Macassar, gaïac, ipé, padouk d'Asie, palissandre du Brésil, pernambouc, saint-martin et sycomore
H. 130,0 ; L. 89,0 ; P. 65,0 cm.
Donation de Mme Josette Rispal, 2005
© Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Georges Rey
Niveau médian, Salle 66

Présent au catalogue d'une vente publique organisée à Versailles en 1970, ce fauteuil est alors présenté comme "ayant appartenu d'après la tradition à Sarah Bernhardt". Rien ne vient encore appuyer cette tradition orale, mais l'alliance tenace du meuble et du nom de la fameuse tragédienne symbolise à elle seule l'influence de cette dernière dans le domaine des arts décoratifs. Le fait que l'on sache peu de chose sur l'auteur présumé, un ébéniste ou sculpteur sur bois du nom de Georges Rey, ajoute encore au caractère mystérieux de l'objet.
Le décor sculpté recouvre entièrement la structure du meuble. Les effets de branchages et de racines s'étendent sur les pieds, les bras et le dossier, formant comme une sorte d'écrin végétal et floral pour la personne qui y est assise. En haut, à gauche, un large tournesol rappelle l'intérêt que suscite cette fleur chez certains artistes décorateurs. Dans ce foisonnement de formes organiques, ce sont aussi parfois les sinuosités d'un corps féminin, ou encore des animaux fantastiques que l'on croit percevoir.
Au bas du fauteuil, la présence d'une souris et d'un escargot rappellent que depuis la large diffusion des estampes et compositions japonaises, ces petits animaux et autres insectes se retrouvent fréquemment sur les objets d'art européens.
Le jour et la nuit est le parfait reflet d'une époque enthousiasmée par les formes nouvelles, florales ou végétales, et marquée par une audace ornementale inédite. Beaucoup d'ébénistes de l'Art nouveau, tels Gallé, Vallin ou Majorelle, ont partagé un tel goût pour l'abondance décorative, mais elle atteint ici un paroxisme presque baroque rarement égalé.