Portrait de Charles Frederick Worth

Emile Friant
Portrait de Charles Frederick Worth
en 1893
peinture à l'huile sur toile
sans cadre H. 226,7 ; L. 123,8 cm
© Musée d'Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Sophie Crépy
Emile Friant (1863 - 1932)
Oeuvre non exposée en salle actuellement

Ce portrait en pied, grandeur nature et daté 1893, représente le fondateur de la Haute Couture moderne, Charles Frederick Worth (1825-1895). Le couturier y est montré au soir de sa vie, dans la tenue sobre et « artiste » qu’il affectionnait, et dans un style dépouillé, presque sévère, propre aux génies créatifs.

D’origine anglaise, installé à Paris à vingt ans, Worth est aujourd’hui considéré comme le père de la Haute Couture française moderne. Le premier dans son métier, il exprime la revendication d’un statut d’artiste à part entière, qui reçoit chez lui sa clientèle, dans ses salons de la rue de la Paix, au lieu de se déplacer chez elle ; il crée des modèles qu’il présente et vend ensuite, et ne répond pas à une demande ; il impose son goût à sa clientèle et fait la norme vestimentaire du bon goût ; il emploie les matériaux les plus chers, et vend très cher, sélectionnant sa clientèle par le prix de ses créations ; il présente ses modèles sur des mannequins vivants ; il organise des défilés de collections, thématisées parfois, qui mettent en scène ses créations deux fois par an ; last but not least, il fait coudre sa griffe, véritable signature, sur ses modèles.

D’un caractère notoirement irascible et autoritaire, Worth apparait ici dans sa tenue ordinaire, d’une élégance discrète de dandy décalé vers la bohème artistique. Le portrait frappe par sa sobriété générale, avec son fond indifférencié, subtilement animé d’un seul effet de lumière, sans accessoire mobilier, sans attributs de richesse, sans rien de commun avec la profusion néo-rococo de son hôtel particulier. Ce dépouillement contraste avec le caractère très ornementé tant des créations que du goût décoratif de Worth. Le portrait cultive donc une certaine image du génie créatif et solitaire, loin de celle d’un homme d’affaires enrichi, assimilé à la classe de sa clientèle.