Musée d'Orsay: "Artificialis", Laurent Grasso

"Artificialis", Laurent Grasso

© Musée d'Orsay / Sophie Crépy
Laurent Grasso a été invité en 2017 par le musée d'Orsay pour réaliser une œuvre de grande ampleur dialoguant avec l'exposition événement Les origines du monde. L'invention de la nature au siècle de Darwin.

Depuis trois ans, le studio Laurent Grasso est entré dans un processus de recherche autour de l'irrémédiable transformation de la nature par l'homme et de l'indissociable entrelacement du naturel avec le culturel. Un film ainsi qu'une série de peintures et de sculptures sont en cours d'élaboration.

Dans la continuité des recherches darwiniennes, l'artiste scrute les évolutions, mutations et transformations du vivant mais dans le contexte 2.0 d'une hyper accélération de ces changements et d'une hybridation paroxystique des humains et des non-humains.

Empruntant au topos darwinien de l'expédition, le projet de film de Laurent Grasso pose la question de l'exploration dans un monde cartographié par satellite, hyperconnecté, où l'espace et le temps se trouvent comprimés et dans lequel les découvertes sont davantage liées à une géographie conceptuelle, prospective, expérimentale, qu'à un cheminement physique tel que celui entrepris par Darwin à bord du HMS Beagle.

C'est ainsi que s'est dégagée progressivement l'idée d'un "film machine", un film qui s'écrirait, évoluerait et se réagencerait tel un code, puisant dans le monde comme dans une base de données et faisant émerger les spectres de différents lieux symptomatiques d'un impact ou d'une ingénierie de l'homme sur les milieux.

Plutôt donc que de privilégier un tournage réel, comme dans ses précédents films, le studio Laurent Grasso a entrepris un long travail de traitement d'images, de faits, de narrations déjà collectés, avec l'intuition que l'enjeu de l'exploration aujourd'hui se situerait davantage dans les défis de l'analyse du big data que dans l'accumulation de nouvelles données à interpréter. Autrement dit, l'opacité du monde proviendrait plus d'une accumulation d'informations à déchiffrer que de zones géographiquement inconnues qu'il s'agirait de défricher.

La crise du COVID 19 est venue tragiquement corroborer les intuitions du projet en cours d'élaboration. D'une part parce qu'elle est un "hyperobjet" dont l'invisibilité n'a d'égal que son étendue planétaire, un produit complexe issu d'interactions hasardeuses entre humains et non-humains et d'une géographie mondialisée. D'autre part, parce que le confinement qu'elle impose accentue l'importance grandissante de cette virtualisation du monde.

"Artificialis", Laurent Grasso
Un film de Heinz Peter Schwerfel

Dans le cadre de l'exposition Les origines du monde. L'invention de la nature au XIXe siècle, l'artiste français Laurent Grasso a été invité par le musée d'Orsay pour réaliser une œuvre de grande ampleur : Artificialis.

Ce nouveau film, diffusé sur un écran LED monumental, au fond de la nef du musée, interroge la notion d'exploration au travers de nouveaux outils, capables de révéler un monde invisible, auquel nous n'avions pas accès jusqu'à présent.

Il donne à voir un territoire ambigu, spectral, en pleine mutation, où réalité et virtualité se superposent, et où nos repères se trouvent totalement dissouts.

Dans le studio parisien de l'artiste, nous découvrons les différentes étapes de création de son œuvre, à travers ses recherches, ses échanges avec Grégory Quenet, professeur d'histoire de l'environnement et ses séances de travail avec Warren Ellis sur la création de la musique originale pour le film.

Laurence des Cars, présidente du musée d'Orsay, nous fera comprendre les enjeux de son invitation à Laurent Grasso.


Avec le généreux soutien des American Friends of the Musée d’Orsay


15 décembre 2020 - 2 mai 2021
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